Blog de la Pousse de Riz

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 17 avril 2018

Les 5 agrégats (3)

Les 5 agrégats (3)

Le 4ème agrégat : Les Sankharas, les formations mentales

L’intellect, ce qui pense, ce qui réfléchit, ce qui déduit, mais aussi les états mentaux : joie, colère, tristesse, désir, envie, somnolence…

Encore des choses que l’on croit maîtriser… comme par exemple les 5 empêchements dans la méditation : désir, aversion, agitation, torpeur ou doute… D’ailleurs, si ils sont considérés comme des empêchements, c’est que vous ne maîtrisez pas ces états mentaux, donc déjà vous avez envie de dire : “Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.

Faites cet essai : Après avoir pris une décision, quelle qu’elle soit, refaites la démarche qui vous a amené à cette décision… et si vous observez bien les étapes, vous verrez que vos décisions, vos intentions ne sont que le fruit d’une série de causes et de conséquences. Vous croyez que ces décisions et ces intentions sont issues d’un “je” qui pense et qui vous a amené jusque là en toute connaissance de cause. En fait, regardez de près, de très près, ce processus, notamment en méditation, et vous découvrirez que ce processus est issue d’action et de réactions très basiques qui répondent à “désir ou aversion”… rien de plus. Cette compréhension peut être difficile à expérimenter, voire faire mal ou être juste bizarre quand elle vient sous forme de compréhension profonde, mais c’est aussi très libérateur, car derrière tout cela, il n’y a pas de moi, mais que du désir, de l’aversion, de la saisie et de la soif. Et il est libérateur de comprendre vraiment que pour “désir, aversion, saisie, soif”, s’applique aussi : “Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”

Le 5ème agrégat : La conscience

Ce concept est un peu plus difficile à saisir car il ne correspond pas du tout aux différentes significations occidentales du mot “conscience”. D’ailleurs, faites l’expérience autour de vous, demandez ce qu’est la conscience et vous entendrez que personne ne peut vous définir la conscience et que vous obtiendrez beaucoup de versions différentes… et en général des définitions pas ou peu claires en plus.

Dans le bouddhisme, la conscience n’est créée, générée que quand il y a un contact, c’est à dire un lien entre un objet à percevoir, un organe sensoriel et un sens opérationnel. La conscience peut donc être soit visuelle, soit olfactive, soit pensante puisque la pensée est le 6ème sens bouddhiste, etc. De plus, elle n’a qu’un aspect à la fois, même si’ l’on croit qu’elle peut en avoir plusieurs en même temps. En fait, les apparitions et disparitions d’une nature de conscience sont si rapides que l’on n’a pas le temps de percevoir le changement en temps normal et que l’on croit que la conscience est continue. Cela peut vous donner un aperçu de la notion d’instant de conscience et de rapidité d’un instant au sens bouddhiste.

La conscience elle-même n’a pas de nature propre, elle est indifférenciée. Il n’y a pas non plus une conscience latente en attente d’être sollicitée par un des 6 sens. Elle est générée à chaque contact et un seul à la fois. Du fait qu’elle est créée à chaque contact, elle est donc conditionnée et par là-même elle a donc aussi les 3 caractéristiques : impermanente, sans soi et insatisfaisante.

Dans des états profonds de samadhi, les sens ne sont plus sollicités de la même manière, voire même plus sollicités du tout. C’est alors que la conscience prend conscience d’elle-même, de sa véritable nature. C’est ce qui est décrit dans le Bahiya sutta :

« Très bien Bahiya. Voici comment tu dois pratiquer : Dans ce qui est vu, qu’il n’y ait que ce qui est vu. Dans ce qui est entendu, qu’il n’y ait que ce qui est entendu. Dans ce qui est ressenti, qu’il n’y ait que ce qui est ressenti. Dans ce qui est connu, qu’il n’y ait que ce qui est connu. Voilà comment tu dois pratiquer. Quand, pour toi, il y aura simplement ce qui est vu dans ce qui est vu, ce qui est entendu dans ce qui est entendu, ce qui est ressenti dans ce qui est ressenti, et ce qui est connu dans ce qui est connu, Alors, Bahiya, il n’y aura pas de saisie de ces objets. Quand il n’y a pas de saisie des objets, il n’y a pas de « toi » en eux. Quand il n’y a pas de « toi » en eux, tu n’es ni ici ni au-delà ni entre les deux. Cela, simplement cela, est la fin de la souffrance. »

Encore une fois, pour la conscience : “je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”

Et le tour de magie évoqué par le Bouddha est que les 5 agrégats fonctionnent tellement en parfaite coordination dans un jeu de causes, d’effets, de conditions et de conséquences, d’instants très courts en instants trop courts pour être perçus en temps normal… et rien d’autre que cela… derrière, pas de “je”, pas de “moi”, pas de “mien”, pas d’ego. Cet n’a pas pu être trouvé dans un des 5 agrégats, ni dans leur somme, ni dans leur fonctionnement conjoint.

En résumé : Un objet active un sens (1er agrégat) qui donne une nature de conscience (5ème agrégat). Cela va être ressenti comme agréable ou désagréable (2ème agrégat), analysé, reconnu, perçu (3ème agrégat), puis interprété par les formations mentales (4ème agrégat) qui vont générer un état mental qui va causer une action gouvernée par l’ignorance et répondre au mode désir - aversion, ce qui va générer un acte (mental ou physique) et donc du karma et donc retour à un objet qui active un sens et etc… et ainsi créer un monceau de Dukkha.

Et encore plus résumé : “je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”

L’octuple Sentier des Nobles : Prajna - L’Intention Juste

Soirée du 16 avril

Le premier facteur de l'Octuple Sentier, la Compréhension Juste couvre l'aspect cognitif de l'activité mentale et la compréhension des quatre Vérités met un terme à un des 3 poisons : l'ignorance.

Le deuxième facteur, l'Intention ou Pensée Juste couvre l'aspect projectif ou impulsif de l’activité mentale. Il est à la deuxième place du Sentier car la fonction intentionnelle de l’esprit forme le lien entre notre perspective cognitive et nos actes. Au départ : nos points de vue sont primordiaux. Ils engendrent des idéaux et des buts qui sont nos intentions. Ce sont ces intentions qui dirigent le corps et la parole, les mettant en activité,

Les deux facteurs sont liés : un regard erroné engendre une intention erronée, laquelle engendre des actions non-bénéfiques. 

L'Intention Juste a trois aspects : l’intention de renoncement, l’intention de bienveillance et l’intention de ne pas blesser.  Ce sont des antidotes aux  2 autres poisons l’avidité et l’aversion qui, étant liées aux émotions, nécessitent, pour être freinés, une réorientation de l’intention.

  1. Comprendre les quatre Vérités en relation avec notre propre vie engendre l’intention de renoncement. Quand nous voyons comment notre vie est envahie par duhkha et que ce duhkha provient de la soif du désir, l’esprit tend vers le renoncement – l’abandon du désir et des objets qui nous attachent à lui.
    Si on mesure notre vie en termes de gain et de position sociale, on ne va aspirer à rien d’autre qu’au gain et à la position sociale, utilisant tous les moyens pour les acquérir.
    Si on généralise cela à la société, on obtient la souffrance des individus, des groupes sociaux et des nations pour obtenir la richesse, la position sociale et le pouvoir, sans se soucier des conséquences. La cause de la compétition sans limite, du conflit, de l’injustice et de l’oppression ne se trouve pas à l’extérieur de l’esprit. Ce ne sont que des manifestations de nos intentions, une émergence de pensées menées par l’aversion, l’avidité et l’ignorance.
  2. Comprendre les quatre Vérités en lien avec l’autre fait apparaître les deux autres aspects de l’Intention Juste.
    L’intention de bienveillance : nous voyons que, comme nous, tous les êtres vivants veulent être heureux et que, comme nous, ils sont sensibles à la souffrance. Comprendre que tous les êtres recherchent le bonheur engendre des pensées de bonne volonté – le souhait amical qu’ils se portent bien, qu’ils soient heureux et en paix.
    L’intention de ne pas blesser : Comprendre que les êtres sont exposés à la souffrance permet à des pensées d’empathie et de bienveillance d’émerger – le souhait compatissant qu’ils soient libres de la souffrance.

C’est une stratégie d’une approche indirecte : en s’attaquant aux pensées qui génèrent ces émotions (avidité, aversion, colère, impulsion à la cruauté, à l’agressivité…) et en les remplaçant par des pensées opposées, on les affaiblit.  

En conclusion 
Ce à quoi nous pensons fréquemment devient l’inclination de l’esprit. Si nous pratiquons l'Intention Juste, le renoncement, la bienveillance et la bonté vont devenir l’inclination de l’esprit.  La direction que nous prenons revient aux intentions que nous générons d’un instant sur l’autre, tout au long de notre vie.

dimanche 8 avril 2018

Annulation des deux sessions du 09 avril

Les sessions Initiation & Vipassana du lundi 09 avril sont annulées.

lundi 2 avril 2018

L’octuple Sentier des Nobles : Prajna - La compréhension juste

Soirée du 26 mars

Prajna (en sanskrit : forme de connaissance jnana qui porte vers l’avant pra, vers ce qui précède, c'est à dire vers l’origine du phénomène et non le phénomène lui-même). C'est l’entraînement à la sagesse, destiné à éveiller les facultés de compréhension pénétrante pour voir les choses « telles qu’elles sont ».

Le premier aspect de la sagesse est la vue / la compréhension juste
Pour quelle raison ?  Pour donner une direction à tous les autres facteurs. S'engager dans la pratique sans un fondement de compréhension juste, c'est partir en voiture sans consulter une carte ni GPS pour aller vers un lieu dont on ne connait qu'un nom. Pour arriver à l’endroit désiré, il faut avoir une idée de la direction générale.

Nous devons nous interroger sur notre direction générale habituelle , on peut dire sur notre orientation conceptuelle face au monde. Nos points de vue sur toutes les questions du monde ainsi que nos valeurs ont un impact qui va au-delà de nos convictions théoriques. Ils influencent  nos attitudes, nos actes, toute la direction de notre vie. Même s’ils ne sont peut-être pas clairement formulées dans notre esprit, ils structurent nos perceptions en un cadre conceptuel à travers lequel nous interprétons le sens de notre présence dans le monde. Ces points de vue conditionnent ensuite nos choix et nos actions. Nos actions ont des conséquences, mais les actions et leurs conséquences dépendent du point de vue dont elles sont issues. 

Les points de vue se divisent en deux catégories : les justes et les faux

  • Une opinion fausse, même si cette position est floue, va nous mener dans une série d’actions qui  générera de la souffrance.
  • Une compréhension juste va nous mener à l’action juste et, par conséquent, à la libération de la souffrance

La compréhension de la loi du karma est essentielle pour agir : le juste et le faux, transcendent les opinions reçues sur ce qui est bon et mauvais, ce qui est bien et mal. Tout le monde dans une société peut applaudir un type particulier d'action comme juste, et condamner un autre type comme mal, cela ne les rend pas fondamentalement justes ou fausses pour autant. 

Pour le Bouddha, les normes morales sont objectives et invariables. Son fondement est le fait que les actes, sont l’expression de la volonté et produisent des conséquences. Le lien entre les actes et leurs conséquences est intrinsèque à l’intention. Il n’y a pas de juge divin qui attribue des récompenses ou des punitions. Pourtant les actes eux-mêmes, par leur nature morale ou immorale inhérente, génèrent des résultats appropriés.

Conclusion : notre orientation conceptuelle face au monde est décisive 

Le Bouddha dit qu’il ne voit aucun facteur aussi responsable de l’émergence d’états d’esprit non-bénéfiques que les opinions erronées, et aucun facteur aussi utile pour l’émergence d’états d’esprit bénéfiques que la Compréhension Juste. Il dit aussi qu’il n’y a pas un seul facteur aussi responsable de la souffrance des êtres vivants que la compréhension erronée, aucun facteur aussi puissant à encourager le bien-être des êtres vivants que la Compréhension Juste

jeudi 29 mars 2018

Pas de session le lundi 02 avril 2018, jour férié

Du fait que le lundi 02 avril 2018 est férie, il n'y aura pas de sessions de La Pousse de Riz. Merci à tous.

mardi 20 mars 2018

Les 4 Nobles Vérités IV : L’octuple Sentier des Nobles

Soirée du 19 mars

3ème Noble Vérité 

Voici ô bhikkhu, la Noble Vérité dite la cessation de dukkha: C'est la cessation par le complet désintérêt pour la soif, y renoncer, l’abandonner, s'en libérer, ne plus s’y attacher.

Logiquement, quand on identifie un mal, on en cherche la cause et on y remédie.  La cause de duhkha étant le désir, le remède de duhkha c’est le renoncement au désir c’est-à-dire l’abandon du désir et des objets qui nous attachent à lui. C’est la cessation, la libération, l’extinction (nirvana) de la souffrance.
Dans les 5 agrégats d'attachement, le mot attachement a aussi le sens de combustible (ce qui permet au moi de continuer).  Ne plus s'attacher, c'est arrêter de mettre du combustible donc éteindre la soif, le désir. Et extinction se dit nirvana en sanskrit.
Renoncement : le mot renoncement doit toujours être compris avec un qualificatif. il ne s'agit pas de renoncer à la joie, à l'amour bref à ce qui fait l'attrait de notre vie d'homme mais de renoncer au désir source de souffrance.   

Un message à contre-courant
Le comportement du monde est lié au désir, à la recherche d’objets et l’attachement à ces objets. Le Bouddha exprime juste le contraire : le désir doit être abandonné, non parce qu’il est éthiquement mauvais mais parce qu’il est la racine même de la souffrance. Aucun objet n'est désirable en soi. c'est notre perception qui le rend désirable.
Comment faire ?
Cela dépend de chacun. Au moment où nous essayons de lâcher l’attachement, nous rencontrons une puissante résistance intérieure. L’habitude de saisir et de garder est si fortement ancrée qu’il semble impossible de les briser par un acte de volonté. Evidemment, il ne s’agit pas de refouler nos désirs ni de les chasser par peur ou par dégoût. Cette approche ne fait que le repousser le problème juste sous la surface où il continue à bouillonner. L’outil que propose le Bouddha pour libérer l’esprit du désir, c’est la 4ème Noble Vérité. 

4ème  Noble Vérité

Voici ô bhikkhu, la Noble Vérité du chemin conduisant à la cessation de dukkha: C'est simplement l’Octuple Sentier des Nobles, à savoir: la vue adéquate, la motivation adéquate, la parole adéquate, l'action adéquate, les moyens d'existence adéquats, l’entrainement adéquat, la présence d’esprit adéquate, le recueillement adéquat.

    L’Octuple Sentier des « Nobles » / de « celui qui entraine »
    C’est la voie progressive, l’entrainement qui permettra de se libérer de cette soif pour atteindre l’extinction (nirvana) de la souffrance. Appelée « Voie du Milieu » parce qu'elle évite les deux extrêmes et même tous les extrêmes. Traditionnellement, on parle de deux extrêmes : d'un côté, s'adonner aux plaisirs des sens et, de l'autre, s'automortifier, c'est-à-dire infliger des souffrances au corps en le rendant responsable de la souffrance dans l'espoir que cela nous permettra d'atteindre la Réalité. 
    Adéquate ou juste : ce qui est en accord avec le Dharma ou la Réalité telle qu’elle est
Ce sentier débute par la vue/compréhension juste.  Il ne s'agit pas de nous contraindre à lâcher des choses qui nous sont chères intérieurement, mais de changer le regard que nous portons sur elles de manière à ce qu’elles ne nous entravent plus. Le désir va alors s’estomper de lui-même, sans qu’il y ait besoin de lutter. Tout le phénomène du désir, dépend de notre façon de voir les choses. Nous restons dans la servitude du désir parce que nous croyons que c’est le moyen d’arriver au bonheur. Si nous pouvons considérer le désir sous un angle différent, sa force sera diminuée, résultant dans un mouvement vers le renoncement
Le sentier se présente en 8 aspects regroupés sous 3 rubriques.
1.Prajna : La sagesse intuitive
Elle consiste en vue ou compréhension juste et pensée ou motivation juste. C’est l’accès à la réalité ultime issue de l’écoute, de la réflexion personnelle et de la mise en pratique 
2.Sila : Le comportement fasse aux autres = la responsabilisation individuelle
Cet aspect comprend la parole, les actions et les moyens d’existence. Cela permet d’agir dans le samsara en réduisant le karma « négatif » et développant du karma positif pour « soi » et pour autrui.
3.Bhavana : La maitrise et la connaissance de l’esprit 
Cet aspect comprend l’entrainement, l’attention (ou présence à l’esprit) et la concentration ou recueillement (samadhi) méditatif. Il permet individuellement de calmer l’esprit, de connaitre et de maîtriser son fonctionnement et de développer ses capacités ou pouvoirs.

Il ne s’agit pas d'un processus linéaire: Se dire : « Je dois d'abord développer le premier facteur, la Vision Juste, et le perfectionner au maximum avant de passer au second », est mal comprendre les choses. C'est un cercle vertueux. Comprendre les 4 nobles vérités (c'est à dire, duhkha, l'impermanence, les 5 agrégats, le karma ...) permet une motivation juste (c'est à dire des pensées et des intentions = une volition) qui entraîne des paroles justes, qui entrainement des actes et une façon de vivre juste. Et cela crée l'environnement pour un entrainement personnel à l'attention (présence d'esprit) et à la pratique de la méditation (recueillement) qui permettront de calmer l'esprit et de maîtriser son fonctionnement en nous donnant des aperçus de la Réalité (compréhension juste )....


En conclusion 
L’essence de l’enseignement du Bouddha peut être résumée en deux principes : les Quatre Nobles Vérités et le Noble Octuple Sentier. 
Le premier couvre le côté de la doctrine, et ce qu’il requiert en priorité, c’est la compréhension. Le deuxième couvre le côté de la pratique, dans le sens le plus large, et le premier aspect qu’il exige, c’est la pratique. 
La dernière des Quatre Nobles Vérités, la vérité du chemin, est le Octuple Sentier des Nobles, et  le premier facteur du chemin, la compréhension Juste, est la compréhension des Quatre Nobles Vérités. 
Dans cet enseignement magistral, les deux principes s’imbriquent, les quatre Vérités contenant le chemin et le chemin contenant les quatre Vérités, la cohérence de la forme reflétant parfaitement l’unité interne du Dharma.

lundi 19 mars 2018

les 5 agrégats (2)

Le 2ème agrégat : les sensations

Dans le bouddhisme, l’agrégat des sensations se résume à trois possibilités : agréable, désagréable, ni l’un ni l’autre dit parfois neutre. Or, les sensations au sens de Vedana apparaissent avant le concept et l’histoire que l’on va ajouter qui est “j’aime, je n’aime pas…” Ces sensations sont acquises, culturelles. Par exemple, la nourriture légèrement sucrée est agréable pour un occidental mais reste un truc fade donc désagréable dans l’inde du sud où l’on mange très épicé, ce que la plupart d’entre nous trouverait désagréable.

Oui alors, direz-vous, des vedanas s’ils sont culturels peuvent donc être changés… Oui, mais cela n’empêche pas que vous ne décidiez pas comment les gérer, comment les changer et comment faire pour qu’ils n’apparaissent même pas. Essayez à partir de demain de trouver agréable l’odeur d’oeuf pourri…

Néanmoins ce qui est intéressant, c’est de voir comment et quand ils apparaissent. En fait, très vite et très tôt dès qu’il y a eu un contact au sens bouddhiste, c’est à dire la présence d’un objet à percevoir, d’un organe de perception et un sens de perception. Cette sensation apparaît avant même l’identification de l’objet perçu, et avant le concept décrivant cet objet. Et ce n’est qu’après cette sensation que va apparaître justement le concept qui lui va conduire au désir-attachement ou à l’aversion. L’objet en lui-même n’a pas cette propriété. Une chose agréable pour moi ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Et le désir ou l’aversion que je peux en avoir ne sont liées qu’à l’idée que je m’en fais et de cette idée découle le désir ou ‘aversion, en fait la saisie et la soif.

En méditation, il est utile d’apprendre à reconnaître l’instant où apparaît le vedana… car en notant simplement ce qu’il est, juste “agréable” ou “désagréable” au moment même où il apparaît, toute la suite de l’histoire s’arrête, il n’y a alors ni désir, ni aversion, donc plus de saisie, plus de soif, plus de devenir… plus de karma…

Faites en l’expérience lors de vos méditations, apprenez à percevoir cet instant de vedana, de connaître ce qu’il est et voyez le reste, la suite ne plus apparaître. Vous pourrez ensuite avec de l’attention au sens de “Sati”, faire la même chose dans votre vie de tous les jours et ne plus vous embarquer dans “vos histoires habituelles”. C’est très libérateur mais cela demande juste un peu d’entrainement. Et vous verrez chaque fois et progressivement Dukkha perdre du terrain.

Mais comme les vedanas apparaissent hors de mon contrôle, avant tout concept même celui de l'identification de l’objet perçu, que je dois apprendre à reconnaître l’instant de sa naissance qui m’échappe en temps normal, que je dois me déconditionner pour qu’une chose habituellement agréable puisse devenir désagréable ou l’inverse, alors, c’est encore quelque chose dont on peut dire : “Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.

Le 3ème agrégat : les perceptions

Comment reconnaître tout ce qui arrive à l’esprit ? Comment réfléchir ? L’agrégat des saññas est l’endroit où tout se passe. une information arrive, elle est comparée à ma base de données mémorielle interne. Là, la chose est identifiée, reconnue, nommée, appréciée par sa couleur, sa forme, sa texture… Elle est comparée, plus grande que, plus petite que, bien, pas bien, moins bien, plus loin, plus près…

C’est l’endroit où s'enregistrent les données, les apprentissages. c’est le lieu de la réflexion, des constructions mentales, des hypothèse, etc. Là où on se croit en terrain connu, là où on se dit “Je” pense donc “Je” suis…

Si c’est vous, si c’est à vous, vous devriez alors maîtriser ce qui s’y passe… Pourtant… Est-ce que vous savez comment est organisé votre disque dur intérieur ? Où et comment sont stockées les données ? Savez-vous comment cela fonctionne ? Comment allez-vous chercher un souvenir et où ? Et pourquoi vous oubliez certaines choses ? et justement celle dont vous avez besoin parfois ? Vous n’avez jamais de perte de mémoire ?

D’ailleurs, lors de votre prochaine assise de méditation, dites à cet agrégat de ne pas vous perturber avec des pensées dont vous ne voulez pas, des souvenirs qui vous dérangent, des envies qui sont malvenues en cet instant. Demandez lui d’arrêter les pensées… ou de ne vous donner que les bonnes, les agréables… Combien de fois en méditation vous avez dit à votre esprit “Non, pas çà, pas maintenant, laisse moi tranquille avec çà... “? D’ailleurs quand vous pensez à quelque chose en méditation, avez-vous remarqué que vous ne savez même pas comment est choisie la pensée suivante qui vous perturbe et qui a remplacé la précédente qui vous perturbait aussi.

Mais au fait… si çà vous perturbe… c’est bien que vous pouvez encore dire :

“Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”

Progression dans une méditation (3)

Texte issu de "Dans cette vie-même" de Sayadaw U Pandita (pages 213-214):

"Vitakka : c'est le fait même de viser l'objet et d'y appliquer l'esprit avec précision. Le faire avec fermeté, de façon à ce qu'il ne puisse pas s'échapper est une autre aspect de Vitakka.

Vicara que l'on traduit généralement par "investigation" ou "réflexion". Vicara a amené l'esprit sur l'objet et l'y a établi fermement. Vicara prend le relais et va y frotter l'esprit. Vous pouvez expérimentez cela par vous-même lorsque observez les mouvements de soulèvement et d'abaissement. On commence par faire l'effort de diriger l'esprit de façon très précise vers le processus de soulèvement. L'esprit a atteint la cible, il ne glisse pas superficiellement à la surface de l'objet, mais y adhère et s'y frotte.

Vous maintenez cette attention intuitive et précise de façon ininterrompue ; l'esprit se purifie petit à petit. Les empêchements comme le désir, l'aversion, la paresse, l'agitation et le doute, s'affaiblissent et lorsqu'ils auront disparu, l'esprit devient calme et limpide comme du cristal. Cette lucidité est due à la présence de Vitakka et Vicara" On l'appelle Viveka, ce qui veut dire "réclusion". La conscience s'est retirée loin des empêchements."


**************

texte issu de "Initiation à la méditation profonde" de Henepola Gunaratana (page 142) :

"Vitakka : saisir une pensée en y fixant son attention. C'est une poussée directionnelle de l'esprit, une fixation de l’attention sur un objet de méditation tel que des pensées saines de renoncement, d'amitié-bienveillance (metta) et de compassion. Vitakka est parfois traduit par "pensée initiale", mais selon une acception autre que l'acception courante de ces termes. Vitakka est comparé à l'action de frapper un gong.

Vicara : maintenir des pensées justes en s'y appliquant d'une manière soutenue. Souvent traduit par "pensée discursive", vicara désigne le mouvement qui tourne sur les pensées en va-et-vient, qui habite l'objet de méditation d'une manière suivie. Vicara est comparé au sons prolongé du gong après qu'il ait été frappé."

jeudi 15 mars 2018

Les 4 Nobles Vérités III : Les 5 agrégats d’attachements sont duhkha

Soirée du 12 mars

Définitions
Agrégat est un anglicisme. Il vaut mieux parler d’ensembles /masses de choses qui ne sont importantes que parce qu’elles génèrent un attachement
Attachement : mais le mot sanskrit signifie aussi combustible c'est à dire ce qui permet à quelque chose de continuer

Rappel  rapide sur les 5 agrégats (quand on perçoit un phénomène, on l'associe à une forme et on lui donne un nom). Ce sont des processus mentaux extrêmement rapides qui se produisent à chaque instant

  • la forme est associée au physique (le corps, mais aussi les sens et tout ce qui est lié au matériel et qui nous permet de percevoir ce phénomène)
  • le nom est réparti en 4 processus : les sensations (j'aime, je n'aime pas et neutre), la perception (la reconnaissance en tant que concept, le classement en catégorie...), les volitions (toutes les pensées et émotions liées à notre mémoire et qui seront à la racine de l'acte engendré par le phénomène) et enfin les actes de conscience (visuels, tactiles, mentaux .... qui sont inhérents aux autres agrégats et qui font que "je" me considère comme distinct du phénomène et que "je" crée une idée de moi-même différente du phénomène)

Pourquoi cet ensemble de processus mentaux concourent-ils à idée du moi ?
Fondamentalement le moi est ce qui éprouve du plaisir ou de la souffrance : tout le reste est subordonné à cela . Il veut que le plaisir dure et que la souffrance cesse "être uni à ce que l'on n'aime pas ou ce qui déplaît est dukkha, être séparé de ce que l'on aime ou de ce qui plait est dukkha "Dans le plaisir, le moi a un projet, une projection de lui-même pour que dans la situation future, il ressente même plaisir et reste identique dans cette situation de plaisir "l'origine de duhkha est la soif de l'existence ou du devenir et la soif de la non-existence et de l’annihilation". Devenir et annihilation représentent la projection vers le futur.

Mais maladie et mort c’est-à-dire l’impermanence viennent contrecarrer ce plaisir "La naissance est dukkha, la vieillesse est  dukkha, la maladie est dukkha, la mort est dukkha".  Cette idée de moi identique n’existe pas dans la réalité il y création en fonction des circonstances d’une idée du moi en espérant qu’elle va durer "L'origine de duhka, c'est la "soif" liée au plaisir et à la convoitise qui produit les renaissances".

Ce processus de reproduction du moi est lié à l'intention / volition (soif / désir de ce que je veux) c'est à dire le 4ème agrégat. On ne retient que ce qui permet de croire à réalité du moi et on rejette le reste (2eme agrégat). C'est un processus qui se répète et est reproduit à chaque instant

En conclusion 
La façon dont je me vois ou l’idée que je me fais de moi-même est fabriquée en permanence au travers des 5 ensembles d’attachement. Nous nous faisons renaître au travers de nos attachements et de nos projections de l’avenir. Ce qui renaît n’est pas nous mais une image de nous, la fabrication mentale du moi car il n’y a pas de moi au présent mais les 5 ensembles d’attachements.
Si on veut éprouver du plaisir, on doit avoir moi
Si le moi n’existe pas, on doit le fabriquer
En le fabriquant on se confronte à la réalité => on éprouve de la souffrance "En bref les 5 agrégats d'attachements sont duhkha"

mardi 13 mars 2018

Les 5 agrégats (1)

texte présenté le 12 mars 2018.

Après la question “pourquoi vient-on méditer ?” et avoir essayé de démontrer que l’ego n’existe pas, se pose la question “Mais alors, qui vient méditer ?”

Le bouddhisme propose une partie de la réponse par le biais des 5 agrégats. Le mot pali est “khanda” et “skhanda” en sanskrit, qui signifie “tas”, “amas” ou agrégat.

Les 5 khandas sont :

Rupa : la matérialité : le corps et les sensations corporelles, les sensation physiques qui se rapportent aux 5 sens (goût, vue, odorat, toucher, ouïe),

Vedana : les ressentis ou sensations au sens bouddhiste : agréable, désagréable ou ni agréable ni désagréable parfois dite neutre,

Sanna : les perceptions : ce qui identifie, ce qui compare, ce qui classe, stocke, mémorise, caractérise,

Sankhara : les formations mentales : l’intellect, ce qui réfléchit, pense, mais aussi les états mentaux, joie, tristesse, peur, colère, les empêchements, la somnolence, l’agitation, tout ce qui se passe dans le mental sauf les sensations et les perceptions,

Vinna, citta, mana : la conscience: ce qui reconnaît en premier un objet perçu comme relevant d’un des 6 sens bouddhistes (la pensée est en plus des 5 sens physiques). On parle de conscience sensorielle, conscience auditive, conscience gustative, conscience pensante. Mais une seule conscience neutre qui prend la “couleur” du sens concerné, qui change en fonction de ce qui est perçu.

Bouddha appelle aussi les 5 agrégats “le tour du magicien”. En effet, dans le bouddhisme, ces 5 agrégats fonctionnent ensemble, presque en même temps et en parfaite coordination. Le tour de magie est dans le fait que derrière ce bel ensemble, il n’y a personne pour le faire fonctionner ! Et non ! Pas de commandant, pas de chef, pas de pilote… et pourtant, on est suffisamment trompé pour croire qu’il y en a un qui s’appelle... l’ego.

Avant d’aller plus loin, gardez en mémoire ces phrases du Bouddha qui s’appliquent à beaucoup de phénomènes et qui se rapportent à la saisie notamment du moi : “je ne suis pas ceci, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.

Commençons par le 1er agrégat : le corps. C’est mon corps, c’est moi qui dirige, c’est moi qui décide. Oui… parfois… quand je décide de marcher pour aller quelque part, le corps le fait le fait. Je veux bouger ma main, elle s’exécute. Voyons les choses autrement. Je donne l’ordre de marcher, le corps exécute mais une fois l’ordre donné, je ne gère plus grand chose… le corps sait faire, et il n’a plus vraiment besoin de “moi”... et en fait, pour marcher, il y a énormément de nerfs, de muscles, de tendons, d’équilibre et de choses à gérer dont je ne m’occupe pas et dont je ne sais pas m’occuper, consciemment en tout cas. Heureusement, le corps sait gérer sans mon contrôle. Je bouge la main, j’ai donné ou pensé l’ordre d’ailleurs en général de manière inconsciente. Et à chaque instant du parcours de la main, les sens me confirment que le mouvement a bien lieu, que la main bouge mais “je” n’exécute rien dans ce mouvement. Quand je soulève un verre d’eau, le corps sait exactement quelle force donner pour que le verre arrive plein à ma bouche… “Je” n’ai rien géré non plus de toute la somme d’opérations demandées dans ce “simple” geste. Dites à votre corps de ne pas avoir faim ou soif, de ne pas bailler, à votre estomac de ne pas gargouiller. Avalez quelque chose et essayez de gérer la suite et la parcours de cet aliment. Arrêtez de manger, de dormir, d’aller aux toilettes, de respirer. Demandez lui de ne pas vieillir et de de ne pas être malade ou vous faire mal. Et vous découvrirez très vite qui dirige et qui est le chef des opérations. Alors, ce corps n’est pas à moi, parce que je ne le dirige pas ou que très partiellement. Peut-être que ce corps est moi alors. Quand je me coupe les cheveux, les ongles, la barbe… je perds une partie de moi ? Les personnes amputées ou infirmes sont un moi complet même s’il peut être abimé extérieurement ou intérieurement. Donc ce corps n’est pas moi non plus et je ne suis pas ce corps non plus. Je n’y habite pas non plus ou alors c’est une prison dont je ne peux pas sortir. Si c’était moi, je n’aurai pas choisi cela comme solution de vie. Et quand je dors ? que je n’ai plus conscience de ce corps, je ne suis plus moi ? il n’y a plus de moi, plus personne qui habite dans ce corps ? Rappelons-nous : “Je ne suis pas ceci, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.

samedi 10 mars 2018

Les 4 Nobles Vérités II

Soirée du 5 mars

Le premier enseignement du Bouddha traite donc de Duhkha et est divisé en deux parties :
- Le problème et sa cause (1ere et 2ème nobles vérités)
- La solution et sa cause (3ème et 4ème nobles vérités)

C'est un traité en deux parties où l'on part de la conséquence (de la constatation, de l'expérience vécue, du phénomène perçu) pour remonter à sa cause. Ce discours est symptomatique de la démarche proposée par le Bouddha : s'intéresser aux phénomènes (dharma avec un d minuscule) qui, parce qu'ils sont ordonnés en série phénoménale conditionnée, révèlent le Dharma (avec un D majuscule qui signifie ordre du monde ou réalité telle qu'elle est).

1ère Noble Vérité

Voici ô bhikkhu, la Noble Vérité de dukkha: La naissance est dukkha, la vieillesse est  dukkha, la maladie est dukkha, la mort est dukkha, être uni à ce que l'on n'aime pas ou ce qui déplaît est dukkha, être séparé de ce que l'on aime ou de ce qui plait est dukkha, ne pas obtenir ce que l'on désire est aussi dukkha. En bref, les cinq agrégats d'attachement sont dukkha.

    Remarque : dukkha (en langue pali) ou Duhkha (en langue sanskrite)
    Naissance : signifie en sanskrit processus de la conception à l'accouchement. On doit le traduire par processus de croissance
    Vieillesse :  processus de  décroissance
    Maladie : événement qui interrompt la croissance qui engendre le processus de décroissance
    Mort : événement qui interrompt le processus de décroissance et engendre le processus de croissance. (Dans cette conception, la mort est un problème non pas parce qu’elle met fin à la vie mais parce qu'elle donne naissance à la vie. Elle est suivie par autre processus de génération (existences successives))
La 1ère noble vérité dit qu’il y a un enchaînement incessant de phénomènes non durables (que l'on traduit comme impermanents). Et c'est cette non durabilité qui est duhkha.

2ème  Noble Vérité

Voici, ô bhikkhu, la Noble Vérité dite l’origine de dukkha: C'est la "soif" liée au plaisir et à la convoitise qui produit les renaissances. Elle fait ces délices de ceci et de cela, autrement dit c'est la soif tendue vers les plaisirs des sens, la soif de l'existence ou du devenir et la soif de la non-existence et de l’annihilation.

   Soif : le mot sanskrit signifie torride torréfié, desséché à mort. Il s'agit d'une soif intense, existentielle ou désir de :
    - la soif de la non-existence et de l’annihilation : la non existence d’une réalité que je refuse car elle ne correspond pas à mon désir (être uni à ce que l'on n'aime pas ou ce qui déplaît est dukkha) 
    - la soif de l'existence ou du devenir  : l’existence d’un plaisir que je veux  voir continuer et ne pas disparaître (être séparé de ce que l'on aime ou de ce qui plait est dukkha)

   Ce qui est agréable (que j'aime, que je désire) est agréable pour moi  (ma vision du monde est plus importante que le monde tel qu’il est).
   Le problème ne vient pas du monde mais de la pensée passionnée qui interprète le monde et  façonne une image en vue de me donner du plaisir.  Le problème est donc que l'on désire et non pas ce que l'on désire. la cause de duhkha n'est pas le monde qui est neutre mais le désir que j’ai vis-à-vis du monde. Aucune chose n’est désirable en soi. C’est mon désir qui la rend désirable.
   La soif de mon plaisir => LE DÉSIR DE MON PLAISIR

Si on veut comprendre le désir il faut s’interroger sur la question du moi qui fonde le désir. Moi et le monde sont liés : tout ce qui n’est pas moi est le monde. Et qu'est ce que le moi ? Le Bouddha répond : en résumé les 5 agrégats d’attachement sont duḥkha

mercredi 7 mars 2018

Progression dans une méditation (2)

Variante du 05 mars 2018 de la progression présentée le 16 octobre 2017 :

- Concentration sur les sensations corporelles, quelles qu'elles soient,

- Concentration sur la respiration dans sa globalité,

- Concentration sur le respiration en un point,

- Focalisation sur ce point pour sentir la différence entre la concentration d'approche et la fixation ferme sur l'objet de concentration

- Lâcher l'observateur, et rester dans la présence de ce qui est.

- Laisser "ce qui sait en vous" diriger la suite de votre méditation.

Si l'esprit se perd en cours de route, laissez "ce qui sait en vous" reprendre le fil où il le laisse aller.

Les 3 poisons

Texte du lundi 05 mars 2018

Pourquoi vient-on méditer ? Que vient-on chercher en venant méditer ? Vous êtes-vous déjà posé la question ?

De la paix ? de la tranquillité ? un bien-être ? ... mais, çà, vous pourriez l'avoir sur votre canapé !

Une réponse spirituelle peut-être ? une autre image de vous-même ? un(e) autre que vous aimeriez devenir ? Une image de vous, mais de quelle forme ? 2D ? 3D? petite ? grande ? à votre taille ? plus grande ?... "heu ? non une image de moi qui n'est pas vraiment moi, un autre moi, mais moi quand même"... bref, une image floue d'une idée floue d'un moi flou. Comme s'il vous manquait quelque chose ou que vous aviez quelque chose en trop, quelque chose que vous venez chercher ou quelque chose dont vous venez vous débarrasser.

Les 3 poisons sont le désir-attachement, l'aversion et l'ignorance ou plutôt l'illusion. Celle de ne pas voir les choses comme elles sont et de voir autre chose que ce qu'elles sont. Cette illusion qui vous fait croire que vous êtes incomplet, qu'il vous manque quelque chose.

C'est pourquoi naît le désir, celui d'avoir autre chose ou une chose en plus pour satisfaire cette complétude. Mais ce désir-attachement et l'illusion vous entraînent à satisfaire un plaisir qui ne répond jamais à la complétude que vous ne savez pas voir par ignorance. Et on passe ainsi d'un désir au suivant parce que l'illusion d'être incomplet demeure. Le plaisir n'est plus dans l'accomplissement du désir, mais dans la recherche même du plaisir qui ainsi ne sera jamais satisfait.

A l'inverse, le poison de l'aversion avec l'illusion vous fait croire que si vous perdiez quelque chose, que si on vous ôte quelque chose, vous allez souffrir. Celui qui me blesse, me heurte, m'ôterait une partie de ma personnalité parce que cela ne correspondrait pas à mes critères et à mon territoire. En réalité, il ne fait qu'écorner seulement l'image que j'ai de moi-même, image qui n'est que cette idée floue que je suis moi-même incapable de définir.

Vous êtes toujours complet dans l'instant présent, il n'y a rien à enlever, rien à ajouter à ce que vous êtes.

Quand vous venez pour méditer, vous faites un peu comme un voyageur de train, de bus ou d'avion. Vous vous dites "çà y est ! j'ai acheté mon billet, je suis prêt, je m'assois et je peux partir !". En fait, vous n'avez pas acheté un billet pour partir, mais un billet pour arriver ! Quand vous vous asseyez sur le coussin, vous êtes déjà arrivés. Il n'y a pas besoin de partir ailleurs, tout est déjà là et vous êtes là dans votre complétude. Pas besoin de d'aller chercher un autre "vous" ailleurs que là où vous êtes. Il n'y a pas d'autre "vous".

Le meilleur endroit pour méditer est là où vous êtes et où vous êtes vous-mêmes. Et de toutes façons, vous n'avez pas le choix, vous ne pouvez pas être ailleurs, vous n'existez qu'ici. Le meilleur endroit ne peut être que celui où vous êtes présents à vous-mêmes.

Méditer n'est pas vouloir changer, mais être en accord avec ce qui est.

samedi 3 mars 2018

Les 4 Nobles Vérités ou le sermon de Bénarès I

Soirée du 26 février

En traduction littérale : La Réalité en quatre points telle que la voit les Etre Nobles 

Il s'agit du premier discours du Bouddha après son éveil.Il est au Parc aux Cerfs à Varanasi et  parle à ses 5 compagnons d’ascèse qui ont suivi avec lui enseignements d’un maître jaïn pendant 6 ans et pratiquent les macérations (+ on souffre mieux c’est car la souffrance brûle le karma antérieur). Ce discours a une portée circonstancielle : éviter les deux extrêmes c'est à dire l'extrême de désirer les objets des sens et l'extrême de se vouer aux aux mortifications. C'est l'introduction à la "Voie du Milieu".

Le texte du sutra est en italique, les commentaires en retrait sous chaque paragraphe

Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait au parc aux Daims, à Isipatana, près de Bénarès. Il s'adressa aux cinq moines (bhikkhu) et dit:
     moines => Ascètes qui pratiquent des macérations 

O bhikkhu, celui qui a renoncé à la vie de ce monde ne doit pas s’abandonner aux extrêmes. Quels sont ces deux extrêmes? C’est se complaire dans les objets désirables pour les sens, ce qui est bas, vulgaire, terrestre, vil, indigne et sans profit et c’est se vouer aux mortifications, ce qui est douloureux, indigne et sans profit. 0 bhikkhu, évitant ces deux extrêmes, le Tathagata a réalisé la Voie du Milieu. Celle-ci donne la vue, elle donne la connaissance, elle conduit à la tranquillité, à la connaissance suprême, à l'éveil et à « l’extinction » (nirvana). 
     Tathagata = celui qui est allé au delà (sous entendu de la condition d'homme)
     connaissance=> pas intellectuelle mais issue de l'expérimentation directe
     connaissance suprême = sagesse de celui qui a vu la Réalité telle qu'elle est
     extinction (sous entendu de la souffrance). En sanskrit nirvana signifie extinction.

Et quelle est cette Voie du Milieu, ô bhikkhu, que le Tathagata a réalisée ? C’est simplement l’Octuple Sentier des Nobles à savoir :  la vue adéquate, la motivation adéquate, la parole adéquate, l'action adéquate, les moyens d'existence adéquats, l’entrainement adéquat, la présence d’esprit adéquate, le recueillement adéquat.
     Octuple Sentier des Nobles => 8 activités = 8 façons adéquates (justes) de vivre les choses

Tel est l’Octuple Sentier des Nobles réalisé par le Tathagata. Il donne la vue, il donne la connaissance, il conduit à la tranquillité, à la connaissance suprême, à l'éveil et à l’extinction.
    La façon de vivre amène à la façon de voir

Voici ô bhikkhu, la Noble Vérité de dukkha: La naissance est dukkha, la vieillesse est  dukkha, la maladie est dukkha, la mort est dukkha,être uni à ce que l'on n'aime pas ou ce qui déplaît est dukkha, être séparé de ce que l'on aime ou de ce qui plait est dukkha, ne pas obtenir ce que l'on désire est aussi dukkha. En bref, les cinq agrégats d'attachement sont dukkha.

Voici, ô bhikkhu, la Noble Vérité dite l’origine de dukkha: C'est la "soif" liée au plaisir et à la convoitise qui produit les renaissances. Elle fait ces délices de ceci et de cela, autrement c'est la soif tendue vers les plaisirs des sens, la soif de l'existence ou du devenir et la soif de la non-existence et de l’annihilation.

Voici ô bhikkhu, la Noble Vérité dite la cessation de dukkha: C'est la cessation par le complet désintérêt pour la soif, y renoncer, l’abandonner, s'en libérer, ne plus s’y attacher.

Voici ô bhikkhu, la Noble Vérité du chemin conduisant à la cessation de dukkha: C'est simplement l’Octuple Sentier des Nobles, à savoir: la vue adéquate, la motivation adéquate, la parole adéquate, l'action adéquate, les moyens d'existence adéquats, l’entrainement adéquat, la présence d’esprit adéquate, le recueillement adéquat.

Le discours se focalise sur une notion Duḥkha présentée par le Bouddha comme le pivot de son enseignement. La 1ère noble vérité pose l'existence de  Duḥkha comme un constat

En sanskrit : 
Duḥ kha  (mal/désagréable) s’oppose à Su kha (bien/agréable)
kha =signifie le 0 au sens mathématique. Il signifie aussi à l’origine, le moyeu de la roue c'est à dire l'espace qui permet à la roue de tourner librement - C'est le symbole du vide

La roue symbolise l’ordre des choses (c'est à dire le Dharma avec un D majuscule - ne pas confondre avec les dharma qui sont les phénomènes) dans une conception du temps cyclique : apparition – développement – destruction.
Sukha :la roue tourne bien
Duḥkha : la roue ne tourne pas rond  - Vous n’êtes pas d’accord avec ordre des choses. Ce n'est pas la souffrance mais cela soutend la souffrance.

mardi 20 février 2018

Les 5 agrégats

Soirée du 19 février

Les phénomènes, en tant que manifestations de la réalité telle qu'elle est, sont notre porte d'entrée sur cette réalité. Nous les avons montrés comme impermanents, instantanés et conditionnés mais on peut se poser la question de savoir qu'elle est leur nature ? Le Bouddha a répondu que la nature de tout phénomène est "les 5 agrégats". Ce sont cinq ensembles (tas de choses) dans lesquels il a englobé tous les phénomènes physiques et mentaux de l’existence conditionnée. 

Au niveau général : les 5 agrégats sont les constituants de tous les phénomènes composés existant dans l’univers
Au niveau de l’individu : les 5 agrégats sont la base de la personnalité sur laquelle nous fondons à tort l’idée d’un moi. A ce propos, le Bouddha ne cherche pas à faire une carte exhaustive de la psyché humaine mais veut être efficace en mettant le doigt sur un problème qui provoque la souffrance et empêche de voir la réalité. Les 5 agrégats ne sont pas la totalité du fonctionnement de l’esprit mais ce qui permet au moi de survivre. Ils représentent la façon dont je me vois ou idée que je me fais de moi-même.

Quand on se trouve devant un phénomène qui a une forme, on lui donne un nom. La forme et le nom sont le constituant physique (la forme) et les quatre constituants mentaux (le nom) des 5 agrégats. Il sont décrits ci-dessous dans l'ordre traditionnel mais l'un n'est pas la conséquence ou la suite de l'autre. Ils sont interdépendants dans un fonctionnement global de la psychée humaine.

1 - Agrégat des formes
Au niveau général : Il s'agit des quatre éléments fondamentaux (l'air, la terre, le feu et l'eau), leurs différents états (fluidité, solidité et mouvements) et leurs dérivés. Par dérivés, on désigne les organes sensoriels et mentaux (la vue, l'ouïe, l'odorat, l'olfaction, le toucher) et les objets leur correspondant dans le monde (les formes visibles, les sons, les odeurs, les goûts, le contact des objets avec le corps).
Au niveau individuel : c'est l'ensemble des éléments physiques auxquels on s’identifie le reste étant le monde. C'est un processus ni stable et ni durable : on se construit à chaque instant de façon différente (la nourriture que l’on ingère et qui est pure devient moi, quand elle ressort impure ce n’est plus moi, les cheveux sont moi mais pas les poils ...)

2- Agrégat des sensations ou ressentis
Il s'agit de la façon de ressentir les choses comme étant AGRÉABLE, DÉSAGRÉABLE ou NEUTRE. C'est un processus psychique qui me fait prendre conscience de mon plaisir (ou de ma souffrance).

3- Agrégat des perceptions ou de la reconnaissance conceptuell
C'est le rassemblement d’un certain nombre de caractéristiques qui en fonction d’expériences antérieures va leur donner un nom, un concept qui va varier dans le temps en fonction de mon âge et de mes expérience : par exemple un enfant qui joue avec un tas de pièces de monnaie va les considérer en tant que briques pour la construction d'une tour alors qu'un adulte le verra comme de l'argent.

4- Agrégat des volitions ou formations (constructions) mentales
C'est l'ensemble de toutes ces idées qui concourent  à fabriquer une idée du moi et qui va entraîner mes actes.
Le Bouddha  met l'accent sur le lien entre formations mentales et volonté ou actions et intègre toutes les actions volitionnelles dans ce groupe (volition = action par laquelle la volonté se détermine). C'est à partir des idées que le sujet agit.
L’agrégat des formations mentale est un peu fourre-tout et se divise en cinquante-deux activités mentales. Parmi lesquelles on trouve : le désir, la répulsion, l'ignorance, la vanité, l'idée de soi, ... mais aussi  : la confiance, la détermination, la volonté, la sagesse, l'attention, la concentration. Cet agrégat est celui du karma car c'est à partir de ces idées implantées en tant que graines karmiques par nos actes antérieurs que nous allons agir.
La réalité de l'individu est un processus de fabrication à partir de 52 constructions mentales auxquelles on ne s’identifie même pas tout le temps (je ne suis plus moi-même / une drôle d’idée m’est passée par la tête). Le MOI existe de façon différente à chaque instant dans la mesure où il est fabriqué en fonction de nos ressentis : il n'existe pas de  façon éternelle mais apparaît de façon circonstancielle et non durable.

5- Agrégat des actes de conscience
C'est la succession des actes de conscience qui identifient un objet (de la vue, de l’ouïe, de l'odorat, du goût, du toucher ou du mental pensant) et le voient comme différent d'eux-même. Il s'agit de la capacité qu'a notre conscience à se dire par exemple "je suis untel", et se penser séparée du reste (le monde) en le considérant d'une façon utilitaire.

La vacuité : le sutra du cœur

Soirée du 12 février

La vacuité n'est pas une sorte d'entité indépendante. C'est le mode d'être des choses. Il ne s'agit en aucun cas du néant, de l'absence de tout phénomène mais de la nature même des phénomènes. La méditation sur la vacuité est le remède qui permet de se libérer des concepts erronés sur la nature des choses, de l'attachement à une réalité solide. L’idée-clé en est donnée dans le Sutra du Cœur qui est récité chaque jour en chinois, en tibétain ou en sanskrit par des millions de bouddhistes mahayanistes.

Ci-dessous en version courte:

Sûtra du Cœur : Maha Prajña Pâramitâ Hridaya Sûtra

Le bodhisattva Avalokiteshvara
Par la pratique profonde de la prajña pâramitâ
Comprend que le corps et les cinq agrégats ne sont que vacuité
Il met fin ainsi à toute souffrance ou infortune.

Oh Sariputra, la forme n'est pas différente de la vacuité,
la vacuité n'est pas différent de la forme;
La forme, c'est la vacuité; la vacuité, c'est la forme,
Et il en va de même des sensations, des perceptions, des volitions et des consciences. 

Sariputra, tous les dharmas ont ce caractère de vacuité.
Il n'y a ni naissance, ni extinction, ni souillure, ni pureté, ni croissance ni décroissance.
C'est pourquoi dans la vacuité, il n'y a pas de forme, de sensation, de perception, de volition, ni de conscience.

Il n'y a pas d'œil, pas d'oreille, pas de nez, pas de langue, pas de corps ni de mental.
Ni couleur, ni son, ni odeur, ni goût, ni toucher, ni objet de la pensée.
Il n'y a pas non plus de domaine de la vision, etc.
Ni de domaine de la conscience mentale.

Il n'y a ni ignorance, ni cessation de l'ignorance, etc.
Jusqu'à et y-compris la vieillesse et la mort et la fin de la vieillesse et de la mort.

Il n'y a ni souffrance ni origine de la souffrance ni extinction de la souffrance
Et pas non plus de voie vers l'extinction de cette souffrance.

Il n'y a pas de connaissance et pas non plus de profit, car il n'y a rien qui puisse être acquis.

Dans le cœur du bodhisattva, par la prajña pâramitâ, il n'y a pas d'attachement.
Comme il n'a pas d'attachement, il ne peut plus avoir de crainte.
Séparé de toute méprise, il atteint le Nirvâna.

C'est par la prajña pâramitâ que les Bouddhas des trois époques,
Obtiennent l'Eveil Suprêmement Inégalé.
Sachez donc que la prajña pâramitâ est le grand mantra divin, le grand mantra lumineux,
Le mantra insurpassable, le mantra incomparable,
Capable d'ôter toute souffrance, authentique, incontestable.

Voici donc ce mantra de la prajña pâramitâ
Gate, gate, pâragate, pârasamgate, bodhi svâhâ

jeudi 8 février 2018

Méditation : en pratique

Soirée du 5 février

Dans notre façon de vivre habituelle, notre esprit est tourné vers l’extérieur, perdu dans ses pensées et ses projections. Nous expérimentons un manque d’unité et une fragmentation de nous-même qui génère en nous du stress de l’angoisse, de la colère et de la violence …La méditation est un outil pour pouvoir changer ce comportement. Méditer, ce n’est pas "faire quelque chose" mais c’est "s’habituer à" : transformer son esprit pour qu’il fonctionne autrement.

Comment ? Avec une méthode. Si votre esprit est capable de s’apaiser de lui-même et si vous vous sentez inspiré à demeurer simplement dans la pure conscience claire, il n'y a besoin d’aucune méthode

1.Établir l’environnement : mettre en place les conditions (de nouvelles habitudes) + prendre une posture qui nous est favorable (créer les conditions pour le corps)

2.Porter son attention sur un point d'ancrage (le souffle, un objet, un mantra …)  Revenir encore et encore sur ce point. La pratique de l’attention génère un repos, un calme qui apporte une paix intérieure. On appelle ce repos Shamatha.
Si on a pris le souffle comme ancrage, s’identifier complètement au souffle, devenir le souffle pour que la respiration, celui qui respire et le souffle deviennent un. La dualité et la séparation s’évanouissent. L’eau si on ne la remue pas deviendra claire, de même notre esprit laissé inaltéré, trouvera sa paix.  Les aspects fragmentés de nous-mêmes et qui étaient en conflit, s’harmonisent et se dissolvent. Plus de négativité ni de stress. C’est comme si on se dépouillait d’une vieille peau. Quelque chose se détache et se libère. Il y a un espace qui s’est ouvert avec une conscience claire de l’observateur. Habituer son esprit à cette pratique apporte un premier niveau de transformation qui portera ses fruits « de façon inconsciente » hors des moments de pratique formelle, dans la vie de tous les jours.

3.Traiter les pensées et les émotions : ceci n’est possible que si le repos calme est déjà bien établi. Sinon c’est impossible. Une fois installé dans le repos calme de Shamatha, on a la possibilité de le faire car on a cette conscience de l’observateur. L'objectif n’est pas de gommer les pensées ou de les effacer mais de les observer avec distance, de les reconnaître et d’être capable de s’y confronter sans se laisser prendre par elles. Rester en conscience en tant qu’observateur  : il y a celui qui regarde et les pensées qui naissent, se déroulent et passent. Cette conscience de nos pensées va nous apporter la reconnaissance de nos schémas et de nos comportements solidement ancrés. Et parce que nous les aurons reconnus, nous pourrons les transformer et  lentement arriver à la sagesse. Bien sûr nous allons retomber encore mainte et maintes fois mais nous pourrons en émerger et nous transformer. 

Je descends la rue
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je tombe dedans.
Je suis perdu … désespéré
Ce n’est pas ma faute.
Il me faut longtemps pour en sortir.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je fais semblant de ne pas le voir.
Je tombe dedans à nouveau.
J’ai du mal à croire que je suis au même endroit
Mais ce n’est pas ma faute.
Il me faut encore longtemps pour en sortir.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je le vois bien.
J’y retombe quand même… C’est devenu une habitude.
J’ai les yeux ouverts.
Je sais où je suis.
C’est bien ma faute.
Je ressors immédiatement.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je le contourne.

Je descends une autre rue …

Poème de Portia Nelson

lundi 5 février 2018

L'impermanance IV : Le cœur de tristesse

Soirée du 29 janvier

Imaginez qu'une nuit vous fassiez un rêve merveilleux. Bien que le rêve soit bon vous savez en votre fort intérieur que vous devez vous réveiller et qu'il prendra fin. Dans notre vie aussi, quelque soit l'état de notre relation avec les autres, de notre santé, de notre travail, et de notre vie sous tous ses aspects, tôt ou tard, tout, absolument tout changera. Cette clochette qui sonne dans notre tête pour nous rappeler l'inéluctabilité du changement est ce que l'on peut appeler "Le cœur de tristesse", la souffrance fondamentale du cœur de notre vie. Nous prenons alors conscience que la vie est une course contre la montre et qu'il ne faut jamais remettre à l'année, au mois ou même au jour suivant parce qu'il se pourrait que le futur n'arrive jamais. 

Cette impression de course contre la montre est un état d'esprit très important surtout quand il s'agit de pratiquer la méditation. Mon expérience personnelle m'a prouvé que la promesse que je me fais de m'y mettre la semaine suivante sert plus ou moins à garantir que je ne m'y mettrai jamais. Quand vous aurez compris que la véritable méditation ne se limite pas à la pratique assise mais qu'elle est une confrontation et une opposition constante à l'orgueil et au sens aigu du moi ainsi qu'un entrainement à accepter le changement, alors vous serez en mesure de vous mettre à pratiquer sur le champ et à chaque instant.

Imaginez-vous assis sur la plage en train d'admirer le coucher du soleil. Il n'est rien arrivé de grave, votre esprit est en paix et vous êtes content voire heureux en goûtant simplement l'instant présent. Puis la clochette se met à sonner dans votre tête en vous rappelant que ce coucher de soleil pourrait bien être le dernier qu'il vous serait donné de contempler. Vous réalisez que si vous veniez à mourir (ou si vos conditions de vie changeaient radicalement par accident ou maladie par exemple), vous pourriez renaître (dans la vie suivante ou dans l'instant d'après)  sans la capacité d'apprécier un coucher de soleil, sans parler de la faculté de comprendre ce qu'est un coucher de soleil et cette simple pensée vous aide à vous centrer sur la pratique.

Dzongsar Jamyang Khyentsé Rinpoché

L'impermanance III : La mort

Soirée du 22 janvier

On peut dire que ce qui connait en nous ce sont des instants de conscience successifs corrélés, chaque instant étant conditionné par le précèdent.
Un acte de conscience auditif peut entraîner un acte de conscience visuel. Les instants de conscience peuvent donc être de nature différente. Mais ils sont ininterrompus bien que discret (distincts les uns des autres).  Notre conscience est un processus qui s’écoule et dans lequel on ne peut pas fixer quelque chose.

Notre perception n’est pas aussi rapide que le déroulement de ces instants. On s'empresse d'étiqueter pour essayer de figer le phénomène mais les étiquettes sont juste  du provisoire, du conventionnel et du temporaire. Essayez d’appeler un cadavre!

Chaque être sensible est un courant conscient fait d’instants de connaissance successifs ou une série psychique singulière qui n’est pas celle du voisin.  Les êtres sensibles sont différents car ils ont des expériences uniques. Mais ils interagissent entre eux au travers des perceptions au sein de la même série qui change tout le temps. L’être sensible est un processus qui subit une succession de mort et de naissance ininterrompu.

Rien ne surgit ex-nihilo mais d’un phénomène de même nature (appartenant à la même série) qui en disparaissant créé les conditions du suivant.

A partir de là comment penser la mort ?
Au moment de la mort, deux choses comptent :

  • ce que nous avons fait dans notre vie (les graines karmiques que nous avons plantées)
  • l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvons (notre notre dernier instant de conscience qui sera la cause du suivant …)

lundi 29 janvier 2018

Les 3 caractéristiques (4) - Le non-soi

Tous les phénomènes conditionnés comportent Anatta - le non-soi - comme caractéristique. Or, tout est conditionné. Je vous laisse essayer de trouver une seule chose qui n’est pas conditionnée…

Comprendre complétement une des trois caractéristiques Dukkha, Anicca ou Anatta , c’est comprendre les deux autres. Elles sont liées et en interaction . Comprendre la nature profonde de cette interaction, c’est mettre fin à la souffrance.

ANATTA - Le non-soi

Une notion plus complexe, un concept qui s'en approche est l'interdépendance des phénomènes. Rien ne peut exister qu'en contingence temporelle et spatiale d'autres phénomènes. Tout n'existe qu'en tant que conséquence d'autre chose et ensuite ce qui est va générer un autre phénomène. Tout évènement quel que soit sa nature est conditionné et n'est que le résultat d'une suite de causes et conséquences, Rien n'existe par soi-même et rien n'est en indépendance totale.

Cette continuité se retrouve dans la coproduction conditionnée qui se résume par : Ceci étant, cela devient ; Ceci apparaissant, cela naît. Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ; Ceci cessant, cela cesse (de naître).

Dans la chaîne de la coproduction conditionnée que nous verrons plus tard en parlant du Soutra de la Pousse de Riz, l’origine du cycle des renaissances est l’ignorance. En version très résumée, dans cette chaîne, l’ignorance conduit à créer du karma qui conduit à créer des contacts sensoriels, qui créent des sensations, qui créent du désir, qui crée de l’avidité, qui crée le devenir, qui crée la maladie, la vieillesse, la mort et la renaissance dans l'ignorance et le cycle continue… et (je cite à peu près) tout cela crée tout un monceau de Dukkha. Tout n’est que le résultat de causes et de conséquences, rien n’existe par lui-même ex nihilo. C’est un des aspect d’Anatta.

Anatta est construit sur les mots “atta” et la racine privative “a”. Atta est la version pali du mot sanskrit Atman. L’atman dans l’hindouisme, c’est à peu près l’âme qui se réincarne de vie en vie, qu’on essaie d’améliorer par des actes méritoires, un bon karma pour avoir une meilleure vie dans une prochaine réincarnation. Toujours dans l’hindouisme, à la fin du cycles des réincarnations et de progrès en progrès, l’atman s’unit au grand Atman et fusionne avec l’univers. Le cycle hindouiste des réincarnations se termine ainsi.

Bouddha ne reconnaît pas la notion d’atman ou d’atta, pour lui, rien ne se réincarne d’une vie à l’autre, c’est seulement le cycle de la coproduction conditionnée qui à partir de l’ignorance conduit à créer du karma qui va générer une renaissance pour épurer le karma (positif ou négatif) qui ne l’a pas été dans la vie en cours. Mais il n’y a pas de “je” qui est derrière cela, il y a juste une suite de causes et conséquences où rien n’a d’existence propre. Le “je” est construit dès l’enfance, recréé d’instant en instant comme on l’a vu dans l’impermanence. Ce “je”, ce “moi” cesse dès que les conditions ne sont plus remplies. Et c’est un autre “je” qui se construira pour résoudre du karma non épuré. Et on ne peut plus dire, c’est “mon” karma, mais on doit dire, c’est du karma. Personne ne se réincarne. Personne ne meurt, c’est un processus d’identification à un “je” renouvelé d’instant en instant qui s’arrête.

J’espère que vous avez pu mieux comprendre les relations d’interdépendance entre les 3 caractéristiques et que le fait d’en comprendre complètement une permet de comprendre les autres et par là-même d’atteindre l’éveil… mettre fin au “je “, à l’ignorance et à Dukkha.

Dans les soutras du canon pâli, il est dit que comprendre un seul des sujets suivants permet à lui-seul d’atteindre l’éveil, car il permet de comprendre tout le Dharma : les 4 nobles vérités, les 4 illimités, les 3 caractéristiques, la coproduction conditionnée.

Quel que soit celui que vous prendrez, en tirant le fil jusqu’au bout, vous comprendrez les autres et vous atteindrez l’éveil, le Nirvana, l’au-delà des concepts et vous mettrez fin à Dukkha pour avoir compris sa nature et son origine.

- page 1 de 4