Blog de la Pousse de Riz

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jeudi 8 février 2018

Méditation : en pratique

Soirée du 5 février

Dans notre façon de vivre habituelle, notre esprit est tourné vers l’extérieur, perdu dans ses pensées et ses projections. Nous expérimentons un manque d’unité et une fragmentation de nous-même qui génère en nous du stress de l’angoisse, de la colère et de la violence …La méditation est un outil pour pouvoir changer ce comportement. Méditer, ce n’est pas "faire quelque chose" mais c’est "s’habituer à" : transformer son esprit pour qu’il fonctionne autrement.

Comment ? Avec une méthode. Si votre esprit est capable de s’apaiser de lui-même et si vous vous sentez inspiré à demeurer simplement dans la pure conscience claire, il n'y a besoin d’aucune méthode

1.Établir l’environnement : mettre en place les conditions (de nouvelles habitudes) + prendre une posture qui nous est favorable (créer les conditions pour le corps)

2.Porter son attention sur un point d'ancrage (le souffle, un objet, un mantra …)  Revenir encore et encore sur ce point. La pratique de l’attention génère un repos, un calme qui apporte une paix intérieure. On appelle ce repos Shamatha.
Si on a pris le souffle comme ancrage, s’identifier complètement au souffle, devenir le souffle pour que la respiration, celui qui respire et le souffle deviennent un. La dualité et la séparation s’évanouissent. L’eau si on ne la remue pas deviendra claire, de même notre esprit laissé inaltéré, trouvera sa paix.  Les aspects fragmentés de nous-mêmes et qui étaient en conflit, s’harmonisent et se dissolvent. Plus de négativité ni de stress. C’est comme si on se dépouillait d’une vieille peau. Quelque chose se détache et se libère. Il y a un espace qui s’est ouvert avec une conscience claire de l’observateur. Habituer son esprit à cette pratique apporte un premier niveau de transformation qui portera ses fruits « de façon inconsciente » hors des moments de pratique formelle, dans la vie de tous les jours.

3.Traiter les pensées et les émotions : ceci n’est possible que si le repos calme est déjà bien établi. Sinon c’est impossible. Une fois installé dans le repos calme de Shamatha, on a la possibilité de le faire car on a cette conscience de l’observateur. L'objectif n’est pas de gommer les pensées ou de les effacer mais de les observer avec distance, de les reconnaître et d’être capable de s’y confronter sans se laisser prendre par elles. Rester en conscience en tant qu’observateur  : il y a celui qui regarde et les pensées qui naissent, se déroulent et passent. Cette conscience de nos pensées va nous apporter la reconnaissance de nos schémas et de nos comportements solidement ancrés. Et parce que nous les aurons reconnus, nous pourrons les transformer et  lentement arriver à la sagesse. Bien sûr nous allons retomber encore mainte et maintes fois mais nous pourrons en émerger et nous transformer. 

Je descends la rue
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je tombe dedans.
Je suis perdu … désespéré
Ce n’est pas ma faute.
Il me faut longtemps pour en sortir.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je fais semblant de ne pas le voir.
Je tombe dedans à nouveau.
J’ai du mal à croire que je suis au même endroit
Mais ce n’est pas ma faute.
Il me faut encore longtemps pour en sortir.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je le vois bien.
J’y retombe quand même… C’est devenu une habitude.
J’ai les yeux ouverts.
Je sais où je suis.
C’est bien ma faute.
Je ressors immédiatement.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je le contourne.

Je descends une autre rue …

Poème de Portia Nelson

lundi 5 février 2018

L'impermanance IV : Le cœur de tristesse

Soirée du 29 janvier

Imaginez qu'une nuit vous fassiez un rêve merveilleux. Bien que le rêve soit bon vous savez en votre fort intérieur que vous devez vous réveiller et qu'il prendra fin. Dans notre vie aussi, quelque soit l'état de notre relation avec les autres, de notre santé, de notre travail, et de notre vie sous tous ses aspects, tôt ou tard, tout, absolument tout changera. Cette clochette qui sonne dans notre tête pour nous rappeler l'inéluctabilité du changement est ce que l'on peut appeler "Le cœur de tristesse", la souffrance fondamentale du cœur de notre vie. Nous prenons alors conscience que la vie est une course contre la montre et qu'il ne faut jamais remettre à l'année, au mois ou même au jour suivant parce qu'il se pourrait que le futur n'arrive jamais. 

Cette impression de course contre la montre est un état d'esprit très important surtout quand il s'agit de pratiquer la méditation. Mon expérience personnelle m'a prouvé que la promesse que je me fais de m'y mettre la semaine suivante sert plus ou moins à garantir que je ne m'y mettrai jamais. Quand vous aurez compris que la véritable méditation ne se limite pas à la pratique assise mais qu'elle est une confrontation et une opposition constante à l'orgueil et au sens aigu du moi ainsi qu'un entrainement à accepter le changement, alors vous serez en mesure de vous mettre à pratiquer sur le champ et à chaque instant.

Imaginez-vous assis sur la plage en train d'admirer le coucher du soleil. Il n'est rien arrivé de grave, votre esprit est en paix et vous êtes content voire heureux en goûtant simplement l'instant présent. Puis la clochette se met à sonner dans votre tête en vous rappelant que ce coucher de soleil pourrait bien être le dernier qu'il vous serait donné de contempler. Vous réalisez que si vous veniez à mourir (ou si vos conditions de vie changeaient radicalement par accident ou maladie par exemple), vous pourriez renaître (dans la vie suivante ou dans l'instant d'après)  sans la capacité d'apprécier un coucher de soleil, sans parler de la faculté de comprendre ce qu'est un coucher de soleil et cette simple pensée vous aide à vous centrer sur la pratique.

Dzongsar Jamyang Khyentsé Rinpoché

L'impermanance III : La mort

Soirée du 22 janvier

On peut dire que ce qui connait en nous ce sont des instants de conscience successifs corrélés, chaque instant étant conditionné par le précèdent.
Un acte de conscience auditif peut entraîner un acte de conscience visuel. Les instants de conscience peuvent donc être de nature différente. Mais ils sont ininterrompus bien que discret (distincts les uns des autres).  Notre conscience est un processus qui s’écoule et dans lequel on ne peut pas fixer quelque chose.

Notre perception n’est pas aussi rapide que le déroulement de ces instants. On s'empresse d'étiqueter pour essayer de figer le phénomène mais les étiquettes sont juste  du provisoire, du conventionnel et du temporaire. Essayez d’appeler un cadavre!

Chaque être sensible est un courant conscient fait d’instants de connaissance successifs ou une série psychique singulière qui n’est pas celle du voisin.  Les êtres sensibles sont différents car ils ont des expériences uniques. Mais ils interagissent entre eux au travers des perceptions au sein de la même série qui change tout le temps. L’être sensible est un processus qui subit une succession de mort et de naissance ininterrompu.

Rien ne surgit ex-nihilo mais d’un phénomène de même nature (appartenant à la même série) qui en disparaissant créé les conditions du suivant.

A partir de là comment penser la mort ?
Au moment de la mort, deux choses comptent :

  • ce que nous avons fait dans notre vie (les graines karmiques que nous avons plantées)
  • l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvons (notre notre dernier instant de conscience qui sera la cause du suivant …)

lundi 29 janvier 2018

Les 3 caractéristiques (4) - Le non-soi

Tous les phénomènes conditionnés comportent Anatta - le non-soi - comme caractéristique. Or, tout est conditionné. Je vous laisse essayer de trouver une seule chose qui n’est pas conditionnée…

Comprendre complétement une des trois caractéristiques Dukkha, Anicca ou Anatta , c’est comprendre les deux autres. Elles sont liées et en interaction . Comprendre la nature profonde de cette interaction, c’est mettre fin à la souffrance.

ANATTA - Le non-soi

Une notion plus complexe, un concept qui s'en approche est l'interdépendance des phénomènes. Rien ne peut exister qu'en contingence temporelle et spatiale d'autres phénomènes. Tout n'existe qu'en tant que conséquence d'autre chose et ensuite ce qui est va générer un autre phénomène. Tout évènement quel que soit sa nature est conditionné et n'est que le résultat d'une suite de causes et conséquences, Rien n'existe par soi-même et rien n'est en indépendance totale.

Cette continuité se retrouve dans la coproduction conditionnée qui se résume par : Ceci étant, cela devient ; Ceci apparaissant, cela naît. Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ; Ceci cessant, cela cesse (de naître).

Dans la chaîne de la coproduction conditionnée que nous verrons plus tard en parlant du Soutra de la Pousse de Riz, l’origine du cycle des renaissances est l’ignorance. En version très résumée, dans cette chaîne, l’ignorance conduit à créer du karma qui conduit à créer des contacts sensoriels, qui créent des sensations, qui créent du désir, qui crée de l’avidité, qui crée le devenir, qui crée la maladie, la vieillesse, la mort et la renaissance dans l'ignorance et le cycle continue… et (je cite à peu près) tout cela crée tout un monceau de Dukkha. Tout n’est que le résultat de causes et de conséquences, rien n’existe par lui-même ex nihilo. C’est un des aspect d’Anatta.

Anatta est construit sur les mots “atta” et la racine privative “a”. Atta est la version pali du mot sanskrit Atman. L’atman dans l’hindouisme, c’est à peu près l’âme qui se réincarne de vie en vie, qu’on essaie d’améliorer par des actes méritoires, un bon karma pour avoir une meilleure vie dans une prochaine réincarnation. Toujours dans l’hindouisme, à la fin du cycles des réincarnations et de progrès en progrès, l’atman s’unit au grand Atman et fusionne avec l’univers. Le cycle hindouiste des réincarnations se termine ainsi.

Bouddha ne reconnaît pas la notion d’atman ou d’atta, pour lui, rien ne se réincarne d’une vie à l’autre, c’est seulement le cycle de la coproduction conditionnée qui à partir de l’ignorance conduit à créer du karma qui va générer une renaissance pour épurer le karma (positif ou négatif) qui ne l’a pas été dans la vie en cours. Mais il n’y a pas de “je” qui est derrière cela, il y a juste une suite de causes et conséquences où rien n’a d’existence propre. Le “je” est construit dès l’enfance, recréé d’instant en instant comme on l’a vu dans l’impermanence. Ce “je”, ce “moi” cesse dès que les conditions ne sont plus remplies. Et c’est un autre “je” qui se construira pour résoudre du karma non épuré. Et on ne peut plus dire, c’est “mon” karma, mais on doit dire, c’est du karma. Personne ne se réincarne. Personne ne meurt, c’est un processus d’identification à un “je” renouvelé d’instant en instant qui s’arrête.

J’espère que vous avez pu mieux comprendre les relations d’interdépendance entre les 3 caractéristiques et que le fait d’en comprendre complètement une permet de comprendre les autres et par là-même d’atteindre l’éveil… mettre fin au “je “, à l’ignorance et à Dukkha.

Dans les soutras du canon pâli, il est dit que comprendre un seul des sujets suivants permet à lui-seul d’atteindre l’éveil, car il permet de comprendre tout le Dharma : les 4 nobles vérités, les 4 illimités, les 3 caractéristiques, la coproduction conditionnée.

Quel que soit celui que vous prendrez, en tirant le fil jusqu’au bout, vous comprendrez les autres et vous atteindrez l’éveil, le Nirvana, l’au-delà des concepts et vous mettrez fin à Dukkha pour avoir compris sa nature et son origine.

mardi 23 janvier 2018

Les 3 caractéristiques (3) - l’impermanence

Tous les phénomènes conditionnés comportent Anicca - l’impermanence - comme caractéristique. Or, tout est conditionné. Je vous laisse essayer de trouver une seule chose qui n’est pas conditionnée…

Comprendre complétement une des trois caractéristiques Dukkha, Anicca ou Anatta , c’est comprendre les deux autres. Elles sont liées et en interaction . Comprendre la nature profonde de cette interaction, c’est mettre fin à la souffrance. Mais étudier ces concepts et essayer de les comprendre dans le bouddhisme nous amène à revoir toute notre vision habituelle que nous avons du monde.

ANICCA - L’impermanence

Il est assez aisé de comprendre que tous les phénomènes naissent, atteignent leur apogée et déclinent pour disparaître. Mais il faut ajouter pour une compréhension plus juste d'anicca, le fait que tous les phénomènes changent en permanence. C'est l'image de la personne qui ne peut pas se baigner deux fois dans la même rivière. L'eau coule, le baigneur vieillit de seconde en seconde, la température, le vent, la qualité de l'air, la luminosité évoluent sans cesse.

Supposons que vous décidez de vous arrêter. Là, tout de suite maintenant. Arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire. En fait… rien ne s’arrête, ni la course de la terre, des étoiles, des planètes, ni le temps, ni les saisons, ni votre organisme, ni votre vieillissement, ni votre respiration, ni le fonctionnement de vos cellules, ni vos ressentis, vos sensations, vos perceptions… C’est comme s’arrêter sur un tapis roulant qui lui continue sa course.

Parfois, l’impermanence nous arrange quand elle met fin à la maladie, à la tristesse, à la peur, à tout ce qui est difficile. Là, on est bien content que l’impermanence existe. Par contre, quand les moments sont agréables, joyeux, doux, paisibles, on aimerait qu’ils ne s’arrêtent pas, jamais. Pourtant même un plaisir qui dure devient une souffrance…Le “je” fonctionne en continu dans un mode “désir ou aversion”. “Désir”, je veux que les choses agréables durent, “aversion”, je veux que les choses pénibles ne durent pas. Elles sont en fait par nature impermanentes, tout évolue en continu. Ne pas reconnaître l’impermanence de toutes choses, c’est générer et entretenir Dukkha, c’est ne pas reconnaître les choses telles qu’elles sont, dans leur véritable nature.

La compréhension plus poussée de l’impermanence remet même en cause la temporalité. Si l’on ne peut revivre le passé qui n’existe plus et que le futur ne sera jamais et que le seul présent existe, qu’est-ce qui crée la notion de temps ? C’est la mémoire. La mémoire “invente” à partir de la succession des instant présents une continuité du phénomène. En fait, le phénomène se renouvelle d’instant en instant tant que les conditions qui lui permettent d’apparaître existent. Si une des conditions changent, le phénomène change, mais il n’existe vraiment que dans l’instant présent. un phénomène qui dure n’est jamais identique à lui-même. Cette non-continuité se retrouve dans la coproduction conditionnée que nous verrons plus tard qui se résume par : Ceci étant, cela devient ; Ceci apparaissant, cela naît. Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ; Ceci cessant, cela cesse (de naître).

Seule la mémoire crée l’illusion de la temporalité et de la durée. Alors… le “moi” que j’étais n’existe plus, le “moi” n’existe qu’au présent. Le concept même du moi est donc recréé à chaque instant, et c’est la mémoire qui nous fait croire à son existence dans la durée. Il n’y a pas de “moi” permanent, parce qu’il n’y pas de moi du tout, mais juste une recréation d’un “moi” d’instant en instant. Et si on pousse encore le raisonnement… en absence de temporalité, rien, ni personne ne meurt… il n’y a qu’un processus qui s’arrête parce que les conditions de son existence ne sont plus remplies. Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ; Ceci cessant, cela cesse (de naître)

Question de Nagarjuna, grand spécialiste de la vacuité : “Si tout est impermanent et que tout change en continu, peut-on dire d’une chose qu’elle existe ? ou doit-on dire qu’elle n’existe pas ?”. Nagarjuna répond “On ne peut ni dire qu’elle existe, ni dire qu’elle n’existe pas”.

Pour reprendre l’image de la dernière fois, quand je vis dans « le » monde, “mon” monde accepte l’impermanence et génère pas ou peu de souffrance. L’impermanence est dans la nature de toutes choses. Accepter « le » monde, c’est accepter l’impermanence et accepter l’impermanence, c’est comprendre la différence entre la douleur et la souffrance. La douleur est un fait, elle fait partie du monde tel qu’il est et qu’il faut prendre tel qu’il est. La souffrance, c’est « mon » monde et juste « mon » monde. Se délivrer de la souffrance est d’abord reconnaître ce qu’elle est, une construction de « mon » monde, puis c’est apprendre à comprendre la réalité des choses telles qu’elles sont impermanentes, parfois douloureuses, parfois agréables et qu’il suffit d’apprendre à vivre pleinement ce qu’elles sont sans rien y rajouter.

mercredi 17 janvier 2018

Appel à candidature animation séance en février

Jérôme va assurer l'animation de la séance Vipassana du 05 février, Tristan celle du 12 février.

La Pousse de Riz lance un appel aux membres pour animer la séance du 19/02 et/ou celle du 26/02.

Le sujet est libre mais est à proposer à Hélène ou Francis.

mardi 16 janvier 2018

L'impermanence II : la série phénoménale agissante

Soirée du 15 janvier

Le phénomène n’est existant que par son efficience. 
Il donne un résultat se détruit et est la condition d’un autre phénomène. Quand il vient à l'existence il est sur le point de se détruire. Quand la graine est là, il n’y a pas la pousse, et quand la pousse est là, il n’y a plus la graine.Le phénomène se perçoit par ses caractéristiques Le grain, la pousse et le germe n’ont pas les mêmes caractéristiques. Ils ne sont donc pas le même phénomène. On perçoit un phénomène à travers ses caractéristiques, pas par son essence car il n’en n’a pas. Si on invoque une essence pérenne du phénomène qui subsisterait au travers de ses transformations, on parle d’une abstraction, pas d’une réalité qu’on puisse démontrer. C’est une supposition philosophique. Mais les caractéristiques, on les perçoit.

Ils appartiennent à une série phénoménale
Les phénomènes ne se produisent pas n’importe comment mais appartiennent à une même série phénoménale. Le grain de riz ne donne pas un pommier. Il y a une loi qui fait que les phénomènes s’engendrent en série : cette loi est celle de la coproduction conditionnée : une loi de causalité sérielle qui se déroule dans le temps.

L’être humain : une série phénoménale agissante 
Je reconnais un être humain au niveau ordinaire apparent par l’image qu’il présente à cet instant, son caractère sa voix. Ce ne sont que des caractéristiques phénoménales d’un phénomène qui est tout le temps en processus. L'autre n’est pas identifié, figé par ce que je connais moi mais je projette ce que je connais sur lui. Il a peut-être complètement changé. Nous projetons sur les autres une réalité définie qui n’est plus. C’est comme ça que nous ne permettons pas à l'autre de changer. Et les autres portent notre projection et en sont prisonniers. C’est une manière pour eux de s’identifier à quelque chose et de croire qu’ils existent quand ils endossent ce que nous mettons sur eux. 

Nous sommes dans une philosophie d’écoulement, tout en actes et pas dans la croyance en un être substantiel des choses. Les phénomènes sont en devenir. Ils s’écoulent en série. Nous avons tendance à voir un monde d’objet stables, distinct et séparés qui peut mettre être mis dans des cases. Mais comment mettre dans des cases des choses qui s’écoulent ? La boite fuit ! Les catégories sont temporaires.

Contemplation : Trahison et impermanence 
Imaginons quelqu’un que nous aimons ou que nous avons aidé, peut-être quelqu’un qui nous est proche, un ami ou une personne de la famille. Nous avons naturellement de l’affection pour cette personne. Nous avons partagé des moments ont compté pour nous. Quand nous sommes avec elle, sans même nous questionner, nous nous attendons tout naturellement à des réactions positives à notre égard. Imaginons maintenant que cette personne, au lieu de réagir de façon positive et de nous retourner notre bonté, nous ignore complètement, nous est hostile ou nous fasse du mal. Nous allons être mal et nous sentir peut-être trahis par ce comportement inattendu et si brutal.

Mais que se passe t- il vraiment ? Quelles sont les circonstances aujourd’hui ? Sont-elles les mêmes que lorsque tout allait bien ?
Sommes-nous dans les mêmes lieux ?
Sommes-nous dans le même environnement familial amical ou professionnel ?
Avons-nous le même âge ?
Qu’est-ce qu’a vécu cette personne depuis nos moments de complicité ?
Est-ce que de notre côté qu’avons-nous vécu ?
Les moments partagés ont existé mais c’était hier dans le passé. Ne sommes-nous pas resté bloqués sur cette image du passé qui nous plaisait sans regarder vraiment le changement de la vie ?
Ce sentiment de trahison, n’est-ce pas parce que nous avons accordé de la permanence à l’existence ?
Qui est trahi ? Est-ce le moi du présent ou bien le moi d’hier que je refabrique aujourd’hui ?

Quand on est déçu ou qu'on se sent trahi, c'est que l'on a accordé de la permanence à l'existence

Les 3 caractéristiques (2) : Dukkha

Bouddha lors de son premier enseignement dit sermon de Bénarès ou soutra de la mise en route de la roue du Dharma, juste après l’éveil a enseigné ce qui est le coeur de tout le Dharma, c’est à dire les 4 nobles vérités ou vérités des nobles. En résumé :

- Dukkha est une réalité

- Dukkha a une origine

- On peut mettre fin à Dukkha

- Il existe une voie pour mettre fin à Dukkha

Le plus court des enseignements du Dharma fait par le Bouddha lui-même est celui-ci : “Je n’enseigne que deux choses : Dukkha et la cessation de Dukkha”.

Tous les phénomènes conditionnés comportent Dukkha comme caractéristique. Or, tout est conditionné. Je vous laisse essayer de trouver une seule chose qui n’est pas conditionnée… Comprendre la 1ère vérité, c’est comprendre la nature de Dukkha et réciproquement. Comprendre la nature de Dhukkha, c’est comprendre le fonctionnement du mental, du “je”, de l’ego.

Dukkha n'est pas la douleur, c'est la souffrance ajoutée à la douleur. Comme dit à peu près le Bouddha "Si le destin vous plante une 1ère flèche, ne vous en plantez pas une 2ème vous-même". La douleur est un phénomène indépendant de la volonté et inéluctable. La souffrance est surajoutée.

Dukkha est un fait selon la 1ère vérité des nobles. Souvent traduit par souffrance, la signification de ce terme est bien plus vaste. Elle va du simple inconfort de « mon café est trop chaud » à la souffrance de la perte d’un être cher. La douleur est une sensation bien réelle comme quand on marche pied nu sur un objet pointu ou coupant, la souffrance est ce que l’on ajoute, qu’on surajoute, l’histoire que l’on se raconte autour de la douleur. C’est la 2ème flèche qu’on se plante soi-même en plus de celle que l’on a déjà reçue.

Il y a deux manières de voir le monde. Soit je considère que « MON » monde est « LE » monde. Et quand tout ne va pas comme je veux dans « le » monde, je souffre parce que les choses ne sont pas conformes à « mon » monde et ne sont pas comme je le veux. Quand je veux faire du vélo dans « mon » monde et qu’il pleut dans « le » monde, alors je souffre. La pluie ne fait que tomber, c’est simplement sa nature, elle n’a aucune intention de me nuire et de me gâcher ma journée. « Il pleut, çà m’énerve ». Non, la pluie, çà tombe, çà ne sait pas énerver quelqu’un. C’est moi qui m’énerve tout seul. La souffrance, c’est l’histoire que l’on se raconte avec ce décalage entre « mon » monde et « le » monde tel qu’il est dans la réalité.

Quelle est l’origine de Dukkha ?

Dans la chaîne de la coproduction conditionnée que nous verrons plus tard, l’origine du cycle des renaissances est l’ignorance. En version très résumée, dans cette chaîne, l’ignorance conduit à créer du karma qui conduit à créer des contacts sensoriels, qui créent du désir, qui crée de l’avidité, qui crée le devenir, qui crée la maladie, la vieillesse, la mort et la renaissance dans l'ignorance et le cycle continue… et (je cite à peu près) tout cela crée tout un monceau de Dukkha.

L’ignorance (avijja en pali) dont il est fait mention ici n’est pas le manque de savoir ou de connaissance, c’est le fait de ne pas voir les choses telles qu’elles sont, ne pas voir leur véritable nature, c’est à dire avec leurs trois caractéristiques Dukkha, Anicca et Anatta. La sagesse développée en méditation et par Vipassana, la vision pénétrante ou discriminante entraîne à lever cette ignorance, ce voile pour voir les choses telles qu’elles sont et non telles qu’on croit qu’elles sont.

Alors, si je vis dans « le » monde, “mon” monde accepte la pluie et génère pas ou peu de souffrance. La pluie est un exemple, mais il en est de même pour tous les événements. Accepter « le » monde, c’est accepter, c’est comprendre la différence entre la douleur et la souffrance. La douleur est un fait, elle fait partie du monde tel qu’il est et qu’il faut prendre tel qu’il est. La souffrance, c’est « mon » monde et juste « mon » monde. Se délivrer de la souffrance est d’abord reconnaître ce qu’elle est, une construction de « mon » monde, puis apprendre à comprendre la réalité des choses telles qu’elles sont, parfois douloureuses, parfois agréables et qu’il suffit d’apprendre à vivre pleinement ce qu’elles sont sans rien y rajouter.

lundi 8 janvier 2018

L’impermanence I : l’instantanéité des phénomènes

Soirée du 8 janvier

Lorsque nous examinons notre vie, nous ne pouvons que constater le changement qui rythme notre existence et qui est lié à la vie même. Un coeur qui ne change pas et qui s’arrête de battre est celui d’un homme mort. De façon intuitive, la notion de vie est liée au changement donc à l’impermanence des phénomènes.

Le monde phénoménal se produit au présent 
En dehors du moment présent, le phénomène est inexistant. Passé il a cessé d’exister et au futur il n’existe pas.
Si on examine ses pensées, elles s’appuient peut-être sur du passé mais elles se déroulent au présent. Le souvenir est présent quand il se manifeste. Quand on voit les ruines d’un château ce ne sont pas des ruines du passé mais un phénomène du présent. On ne peut jamais voir un château au passé ni ce qu’il sera dans le futur. La seule réalité est dans l’instant. La projection du futur n’est pas le futur. Combien de projets se réalisent ?

Les phénomènes sont conditionnés
On peut se demander ce qui génère ces phénomènes du présent ? Ils apparaissent en fonction de conditions. Ils se produisent si les conditions présentes sont là pour qu’ils se produisent. Ils naissent donc puis déclinent et meurent.
Naissance du phénomène = convergence des conditions
Mort du phénomène : fin des conditions

Exemple du feu de broussaille : Quand il démarre les causes et les conditions sont réunies (étincelle, sécheresse, broussaille) pour générer une flamme instantanée. Elle disparaît immédiatement mais comme elle-même est la condition de la flamme suivante et que les conditions sont toujours favorables à la naissance d’une flamme, une deuxième flamme se produit juste après puis une troisième… jusqu’à ce que le pompier apparaisse et que les conditions changent.

Les phénomènes sont instantanés 
Si les mêmes conditions sont présentes, le phénomène en générera un autre quasi semblable et on a l’impression qu’il dure c’est à dire qu’il n’aura pas été modifié. La table n’a pas l’air d’avoir été modifiée depuis tout à l’heure. Et pourtant les atomes … qui en plus sont faits de vide.  De la même façon, on pense que le phénomène feu a duré  ¼ d’heure si on a vu la broussaille brûler pendant ¼ d’heure. Mais étais-ce le même phénomène (le même lieu, la même broussaille, la même flamme) ?

La durée n’est qu’une impression liée à la reconduction, instant après instant de conditions similaires à celles qui étaient à l’origine du phénomène immédiatement précédent.
Mêmes conditions => même apparence de phénomène. Comme cela se succède très rapidement, on a l’impression que c’est le même phénomène qui dure. L'analogie peu être faite avec la projection d'un film de cinéma à 24 images/sec ce qui permet de voir une histoire en continu car l’organe visuel n’est pas assez affiné. l'impression de continuité ou de durée relève d'un manque de capacité à observer l’instantanéité de chaque événement. Nous créons un concept (feu de broussaille) que nous voyons comme continu (il a duré un certain temps) en associant des éléments qui sont discontinus.

L’impermanence des phénomènes est vécue au niveau ordinaire et de façon grossière en associant une durée à des phénomènes composés et conditionnés. La fin de cette durée est ressentie comme étant le changement c’est à dire l’impermanence. Et cette fin se produit avec l’interruption de la continuité des causes et des conditions qui génèrent le phénomène.

Au niveau subtil, l'impermanence est le cœur même de la réalité, chaque phénomène conditionné étant instantané.

Les 3 caractéristiques (1)

Séance du 08 janvier 2018

Les 3 caractéristiques (1)

La vision pénétrante (Vipassana) consiste à voir les "objets-phénomènes" (dhammas) tels qu'ils sont, avec les trois caractéristiques inhérentes à tous les éléments contingents, donc appartenant au samsara. Ces trois caractéristiques sont anicca, anatta et dukkha en pali, l'impermanence, le non-soi et dukkha, mot que je préfère ne pas traduire par souffrance . Tous les phénomènes conditionnés ont ces 3 caractéristiques.

Or, tout est conditionné au sens que tout est le fruit de causes et de conséquences. Je vous laisse essayer de trouver une seule chose qui n’est pas conditionnée….

ANICCA, l'IMPERMANENCE Il est assez aisé de comprendre que tous les phénomènes naissent, atteignent leur apogée et déclinent pour disparaître. Mais il faut ajouter pour une compréhension plus juste d'anicca, le fait que tous les phénomènes changent en permanence. C'est l'image de la personne qui ne peut pas se baigner deux fois dans la même rivière. L'eau coule, le baigneur vieillit de seconde en seconde, la température, le vent, la qualité de l'air, la luminosité évoluent sans cesse.

ANATTA, LE NON-SOI Une notion plus complexe, un concept qui s'en approche est l'interdépendance des phénomènes. Rien ne peut exister qu'en contingence temporelle et spatiale d'autres phénomènes. Tout n'existe qu'en tant que conséquence d'autre chose et ensuite ce qui est va générer un autre phénomène. Tout événement quel que soit sa nature est conditionné et n'est que le résultat d'une suite de causes et conséquences, Rien n'existe par soi-même et rien n'est en indépendance totale.

DUKKHA Notion qui va de la simple gêne ("mon thé n'est pas assez chaud") à la souffrance (la mort d'un être aimé). Dukkha n'est pas la douleur, c'est la souffrance ajoutée à la douleur. Comme dit à peu près le Bouddha "Si le destin vous plante une 1ère flèche, ne vous en plantez pas une 2ème vous-même". La douleur du marteau sur le pied est un phénomène indépendant de la volonté et inéluctable. Le fait d'en vouloir au monde entier et dire "ça n'arrive qu'à moi" est la souffrance surajoutée.

Dans vipassanā, ce n'est pas l'expérience qui compte, mais le rapport à l'expérience. Ce n'est pas ce qui est vécu, mais comment cela est vécu.


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Extraits de “Arahattamagga - La voie de l’Arahant” - Ajahn Maha Booha (traduction Jeanne Schut)

Quelle que soit la profondeur du samādhi et aussi continue que soit cette pratique de méditation, elle ne constitue pas une fin en soi. Le samādhi ne met pas un terme à la souffrance. Le calme et la concentration profonde engendrés par le samādhi sont une excellente base pour le développement de la sagesse.

Le problème, c’est que le samādhi est si paisible et agréable que, sans s’en rendre compte, le méditant développe une dépendance envers cette pratique. C’est ce qui m’est arrivé : pendant cinq ans, j’ai été dépendant de la tranquillité du samādhi au point de croire que cette tranquillité était l’essence du nibbāna (l’Eveil). Ce n’est que lorsque mon maître, Ajahn Mun, m’a forcé à prendre conscience de mon erreur, que j’ai été capable de passer à la pratique du développement de la sagesse.

A moins qu’il ne soit utilisé comme support au développement de la sagesse, le samādhi peut faire dévier le méditant du chemin qui mène à la fin de la souffrance. Tous ceux qui s’efforcent d’approfondir leur pratique de samādhi devraient être conscients de ce risque. Dans la pratique, le rôle principal du samādhi est de soutenir et de nourrir le développement de la sagesse. Il est parfaitement adapté à cette tâche car un esprit calme et concentré est pleinement satisfait et ne recherche pas de distractions extérieures. Quand la présence consciente est ancrée dans le samādhi, les pensées ne se tournent pas vers les formes, les sons, les saveurs, les odeurs et les sensations tactiles. Le calme et la concentration sont les aliments naturels de l’esprit. Une fois rassasié de sa nourriture favorite, l’esprit ne s’égare pas dans des pensées oiseuses ; il est parfaitement prêt à entreprendre le type de réflexion appliquée et d’investigation qui constitue la pratique du développement de la sagesse. Par contre, si l’esprit n’est pas encore stabilisé, s’il est toujours attiré par les stimulations sensorielles, s’il a envie de suivre toutes les pensées et les émotions qui passent, son travail d’investigation n’aboutira jamais à la véritable sagesse. Il se contentera de développer des pensées verbeuses, des hypothèses et des spéculations qui seront des interprétations de la réalité : sans fondement, uniquement basées sur ce qui aura été appris et retenu. Au lieu de mener à la sagesse et à la cessation de la souffrance, ce vagabondage des pensées devient samudaya, cause première de souffrance.

A chaque fois que vous observez avec attention et sagesse, l’investigation doit se faire dans l’instant présent. Pour être pleinement utile, chaque nouvelle approche doit être fraîche et spontanée – qu’elle ne soit pas une copie des précédentes ! Il est extrêmement important de demeurer à tout moment dans l’immédiateté exclusive de l’instant présent. Oubliez tout ce que vous avez appris, oubliez ce qui s’est passé la dernière fois. Concentrez simplement votre attention de manière nette et directe sur l’instant présent et n’observez qu’à partir de cette perspective-là. Finalement, c’est cela que signifie « être attentif ». L’attention observe l’esprit dans le présent, permettant ainsi à la sagesse une focalisation nette et précise. Les choses que nous avons apprises sont conservées dans notre mémoire et, en tant que connaissances mémorisées, elles devraient être écartées, faute de quoi elles se feront passer pour de la sagesse, alors qu’en réalité c’est le présent qui imite le passé. Si on permet à ce qui est mémorisé de remplacer l’immédiateté de l’instant présent, la sagesse authentique ne peut pas apparaître. Faites donc très attention à éviter cette tendance quand vous pratiquez.

jeudi 28 décembre 2017

Retraite avec Charles Genoud en mars

Je viens de recevoir un mail du Centre Karma Migyur Ling à Montchardon - Izeron en Isère vers Saint Marcellin pour une retraite avec Charles Genoud .

Je recommande fortement à ceux qui veulent faire un retraite Vipassana de 2, 5 ou 7 jours de profiter de cette opportunité.

Pratique de la méditation avec Charles Genoud
La méditation est une pratique simple et directe, une investigation des mouvements de l’esprit et du corps par une qualité d’attention centrée sur le présent. Dans sa pratique, le méditant cesse de se tourner uniquement vers le monde des objets ou celui des pensées et revient à la conscience de ce qu’il éprouve, de ce qu’il vit, sans aucune volonté de l’améliorer, de le transformer ou de le prolonger.
Samatha (Shiné) Diverses techniques aident à tranquilliser l’esprit. Il s’agit le plus souvent de l’attention portée à la respiration ou aux sensations corporelles.
Vipassana (Lhaktong) Lorsque l’esprit est disponible, il peut s’ouvrir aux expériences de manière non sélective afin de les percevoir clairement. Cette découverte de la nature des expériences permet de se libérer de la confusion et d’accéder à la sagesse.
• Ces sessions se déroulent en alternant la méditation en posture assise et en marchant.
• La pratique formelle dure 7h par jour, reparties en sessions de 30 mn (niv.1) ou 45 mn (niv.2), plus une heure de travail méditatif, exercice de méditation dans l’action.
• L’observation du silence complet – y compris hors des temps de méditation – facilite et renforce la concentration et la présence à soi durant le stage.
NB: Pour tous les stages, arriver impérativement pour la première session qui débute à 20h. Se munir de vêtements amples et chauds en hiver.
Voir la présentation de ce stage et de l’intervenant dans le programme 2017 ou sur le site à l'adresse : http://www.montchardon.org/spip.php?mot12

Week-end Niveau 1 – Du vendredi 23 mars à 20h au dimanche 25 mars à 16h
Pour les débutants, avec enseignement théorique correspondant et allégement de la durée des sessions de méditation (7h par jour, mais sessions d’environ 30 minutes).
Frais de session niveau 1 : 14 €/jour

Semaine Niveau 2 – Du dimanche 25 mars à 20h au vendredi 30 mars à 12h
Pour ceux qui ont déjà suivi des week-ends intensifs de méditation niveau 1 avec Charles ou Patricia Genoud (sessions de 45 minutes).
Frais de session niveau 2 : 12 €/jour

 

mardi 19 décembre 2017

Bonnes fêtes

! Pas de sessions le 25 décembre, ni le 1er janvier !

Merci à tous et bonnes fêtes.

Reprise le 08 janvier

Philosophie bouddhiste

Extrait du livre "A still forest pool" (non publié en français) d'Ajahn Chah, lu le 18 décembre :

Un jour, une enseignante réputée en métaphysique bouddhiste vint voir Ajahn Chah. Cette femme donnait régulièrement des enseignements à Bangkok sur l'abidhamma et la psychologie bouddhique complexe. En parlant avec Ajahn Chah, elle expliquait combien il était important pour les gens de comprendre la psychologie bouddhiste et combien ses enseignements étaient bénéfiques à ses étudiants. Elle lui demanda s'il était d'accord avec elle sur l'importance d'une telle compréhension.

"Oui, très important", acquiesça-t-il.

Enchantée, elle le questionna ensuite pour savoir si ses élèves à lui étudiaient l'abidhamma.

"Oh, oui, bien sûr."

Et elle demanda où il leur recommandait de commencer, quels livres et quelles études étaient les meilleures.

"Seulement ici" dit-il pointant son doigt sur son cœur. "Seulement ici"

vendredi 15 décembre 2017

La relation aux autres III : L'attitude de vie juste

Soirée du 11 décembre

Comment agir ? Agir pour obtenir intentionnellement un bien (un minimum de souffrance) pour soi-même ou pour autrui.
Comme tout acte provient de conditions, comment faire en sorte que les conditions de la souffrance n’apparaissent pas ?
Cela impose de réfléchir profondément à son attitude envers la vie, à ce qui à long terme, va donner lieu à des habitudes négatives qui entraîneront de la souffrance dans le futur pour nous et pour les autres

Cela peut s'examiner en deux questions 

  1. Quelle est mon attitude habituelle envers les autres ?
    Ne fais pas aux autre ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse (ceci considère une égalité des égos en prenant en compte les égos des autres). C'est la base d'une éthique universelle que l'on retrouve dans toutes les sociétés et dans toutes les religions

    Cinq préceptes fondamentaux : Ne pas tuer (prendre le souffle vital - violence exercée vis à vis d’autrui à son profit) -  Ne pas voler (prendre ce qui n’est pas donné) - Ne pas mentir (parole agréable, nécessaire, véridique, utile)  - Ne pas pratiquer l'adultère -   Ne pas consommer d’intoxiquant (qui fait perdre la maîtrise de soi). "Ne pas" peut aussi se traduite par 'S'efforcer à" :-)
    C’est un entrainement pas un interdit. Une intention d’être conscient de sa façon de vivre.

    On n’est pas obligé de prendre les 5 préceptes. Si on n’est pas capable de tenir les 5, il suffit de s’engager sur ce qu’on est capable de faire. 

    Histoire
    Un moine arrête un voleur dans un monastère. Il veut l’obliger à prendre les cinq préceptes. Le voleur n’est pas au courant. Il écoute le moine et est bien ennuyé : “je ne peux pas dire que je ne peux pas voler car je n’aurai plus de métier. Arrêter la violence ? Dans mon métier c’est obligé. Mentir ça fait partie aussi de mon travail. Bon je peux renoncer à coucher avec la femme des autres.”
    La nuit suivante, le voleur entre dans une maison pour voler. Il rencontre la maîtresse des lieux qui est une femme lubrique et qui vient l’aguicher !... Il se défend et dit ”je ne peux pas, j’ai pris le précepte” et comme elle insiste, il s’en va.
    En partant, il se réjouit en pensant : ” je n’ai pas couché avec la femme d’un autre.” 
    Et en continuant sa réflexion, il se dit : ”Mais aussi je n’ai pas violenté, je n’ai pas menti et je n’ai même pas volé !”.
    Alors il retourne voir le moine et lui dit : “finalement, je prends les cinq !”.

    Moralité : quand on en prend un on les prend tous !  

  2. Quelle est mon attitude envers moi même ?

    Lorsque je manque de sens de ma dignité personnelle (j'éprouve un sentiment d’indignité, de non valeur), j'éprouve de la souffrance. Et souvent, parce que je souffre, le reflet que mon comportement donne de moi aux autres m’est égal. ma souffrance génère une absence de considération pour la façon dont mon comportement se reflète sur les autres, ce qui induit aussi de la souffrance pour les autres.

    Ne fais pas à toi-même ce que tu ne voudrais pas que les autres te fassent !

    Se connaitre pour pouvoir comprendre la source de sa souffrance. L'accepter pour pouvoir changer. On ne peut modifier que ce que l'on reconnait. 
    Se donner des instants pour soi - Méditation (écouter, réfléchir, pratiquer). Voir comment fonctionne son esprit (désir (=recherche du plaisir), attachement, ignorance). Ceci permet une compréhension de la réalité telle qu’elle est qui sera source de sagesse 

Méditation (libération de l’attachement)  => Sagesse (libération de l’ignorance)  => Attitude de vie juste (discipline)  => Méditation ….

mardi 12 décembre 2017

Pensée du moment

Arrêtez de chercher le plaisir, cherchez la Paix.

(Ajahn Chah)

Graine d'éveil

texte du 11 décembre 2017

« Il y a en toi plus que toi qui ne demande qu’à grandir»

Quelques définitions :

Bouddha : l'éveillé

Boddhi l'éveil : comme dans l’arbre de la boddhi sous lequel s’est assis le bouddha et sous lequel il a atteint l’éveil ou dans le terme bodhicitta “esprit d’éveil”, ou aussi le mot Boddhisatta futur bouddha encore sur le chemin de l’éveil

Bouddho la graine d’éveil : ce qui est en chacun de nous et qui va mûrir progressivement sur ce chemin de l’éveil.

Contrairement à ce que l’on croit en général, la graine d’éveil est déjà là, en attente en germination. Il n’y a pas à aller la chercher, ni même à la planter.

Dans l’exercice des “bras en apesanteur”, il vous est demandé de laisser faire, d’avoir confiance, de donner l’ordre et de laisser agir. C’est un exercice visant à faire comprendre ce qui se passe en nous. Il existe par ailleurs une méditation où Bouddho est utilisé comme un mantra.

Ajahn Chah entre autres, appelle aussi Bouddho “ce qui sait en nous”. Quand on laisse partir l’observateur en méditation. c’est Bouddho qui “prend la main”. Apprenez à lui faire confiance, à faire confiance en ce qui est en vous. Arrêtez de croire que vous devez tout maitriser et controler en méditation, et dans la vie en général d’ailleurs. Tant que vous êtes dans Samatha et une forme de concentration dont Metta, oui, vous êtes dans l’action volontaire. Pour aller vers Vipassana et surtout au-delà, laissez à Bouddho la place dont il a besoin. Lui, il sait, faites lui confiance. Ne croyez pas ce que je dis tant que vous ne l’aurez pas expérimenté par vous-même. Entrainez vous à laisser partir l’observateur.

Extraits de “Arahattamagga - La voie de l’Arahant” - Ajahn Maha Booha (traduction Jeanne Schut)

“Tandis que l’attention se stabilise peu à peu, l’esprit va cesser de prêter attention aux pensées et aux émotions négatives. Il va perdre tout intérêt pour ses préoccupations habituelles. N’étant pas distrait, il se stabilisera de plus en plus dans le calme et la tranquilité. En même temps, la respiration qui, au début, était assez grossière, va devenir plus fine au point même de disparaître complètement de votre conscience. Elle devient si subtile et fine qu’elle finit par disparaître. A ce moment-là, il n’y a pas de respiration consciente ; seule demeure la nature connaissante essentielle de l’esprit. … Jusqu’à ce moment-là, Bouddho (en tant que mantra) avait été mon point d’ancrage et, maintenant, il avait disparu ! J’essayais de toutes mes forces de retrouver ce point de concentration mais il était perdu. (...) Tout ce qui restait, à ce moment-là, c’était la nature connaissante profondément subtile du citta, une conscience pure et simple, brillante et claire. Il n’y avait, dans cette conscience, rien de concret à quoi m’attacher. … Il ne me restait qu’à concentrer mon attention sur le sentiment essentiel de conscience et de connaissance qui était omniprésent et prépondérant à ce moment-là. Cette conscience-là n’avait pas disparu ; au contraire, elle pénétrait tout. Toute l’attention qui avait été concentrée sur la répétition de Bouddho se concentra alors fermement sur la très subtile présence connaissante du citta calme et focalisé.”

L’intérêt de ce texte est la description assez claire du lâcher de l’observateur. C’est ce sur quoi il faut tendre si vous ne l’avez pas encore expérimenté, ce qui vous attend sur la route. Expérimentez par vous-même avant d’y croire. Mais pour y arriver, n’oubliez pas trois des vertus à vous appliquer à vous-même : “générosité, patience et metta”. Prenez soin de vous dans votre pratique. Ne forcez pas plus que nécessaire, quelque chose en vous sait… et ne demande qu’à grandir.

mercredi 6 décembre 2017

Séance unique le 18 décembre à 18h30

Durée 1h30

Les sessions du 11 décembre ont lieu normalement.

Méditations guidées de Jeanne Schut

MÉDITATIONS GUIDÉES 

Les méditations guidées proposées sur le site Dhamma de la Forêt sont essentiellement basées sur des enseignements donnés par des maîtres de la Tradition de la Forêt, traduits et lus en français par Jeanne Schut. Elles sont classées selon un degré croissant d’aisance dans la pratique, notamment en termes de durée. Chacun trouvera certainement utile de reprendre plusieurs fois la même méditation avant de poursuivre avec l’enregistrement suivant.

Lien à suivre : http://www.dhammadelaforet.org/list/list_documents_audio.html

La relation aux autres II : notre humanité commune

Soirée du 4 décembre

  • L’attention à l’autre est une nécessité biologique pour le développement des mammifères, et celui des humains. Les mammifères donnent naissance à des petits vulnérables et qui ont besoin de leurs parents pour survivre. C’est un fait biologique : nous sommes nés sans défense. Et si personne pour s’occupe de nous, nous ne pouvons tout simplement pas survivre. Cette attention est donc une nécessité biologique liée à la survie.
  • De quoi est fait cette attention? De notre naissance jusqu’à notre mort, la bonté, le soutien et les encouragements que l'on peut nous témoigner ont un grand impact sur le développement du cerveau,du corps et d'une sensation générale de bien-être. Nous sommes au mieux de nous-même, sommes plus heureux, avons moins de stress, notre système immunitaire est meilleur, lorsque nous nous sentons aimés et valorisés (plutôt que marginalisés) 
  • L’émotion des autres nous touche.  Nous sommes tous nés avec une capacité à entrer en résonance ou à ressentir l’émotion de l'autre tout en sachant que l’émotion première appartient à l’autre. Cette capacité d’empathie est un sentiment humain fondamental que nous partageons tous. Elle fait partie de notre humanité commune.
  • Nous ne sommes pas les seuls à souffrir. Les expériences désagréables, les situations indésirables, d'imperfection, d'impermanence, de mort font toutes partie de l'expérience humaine que nous partageons tous, ce n'est pas quelque chose qui arrive à « moi » seul. Donc, nous n'avons pas besoin de prendre nos erreurs, nos difficultés si personnellement.

Contemplation :   UN AUTRE MOI-MÊME

Visualisez une personne avec qui vous avez une relation un peu difficile. Voyez cette personne très concrètement. Rendez-là très vivante devant vos yeux .
Puis regardez là en face et dites-lui les phrases suivantes en y mettant toute votre attention.
— Tu as un corps et un esprit, tout comme moi.
— Tu as des sensations et des émotions, tout comme moi.
— Tu as subi des douleurs physiques, des maladies, des angoisses, de la dépression, tout comme moi.
— Tu as été triste, déçu, anxieux, en colère, blessé, tout comme moi.
— Tu t’es senti inutile, indigne, tout comme moi.
— Tu as fait des erreurs et tu les regrettes, tout comme moi.
— Tu as blessé ou attristé d’autres personnes, tout comme moi.
— Tu t’en es pris à toi-même et t’es critiqué, tout comme moi.
— Tu as eu peur, tout comme moi.
— Tu as été seul et n’as pas trouvé de soutien, tout comme moi.
— Tu souhaites avoir des amis, tout comme moi.
— Tu es toujours en train d’apprendre de la vie, tout comme moi.
— Tu veux prendre soin, être compatissant, doux, aimant, tout comme moi.
— Tu veux être content et réussir dans la vie, tout comme moi.
— Tu rêves de trouver un sens à ta vie, tout comme moi.
— Tu veux être libre de la souffrance et de la douleur, tout comme moi.
— Tu veux être en bonne santé, tout comme moi.
— Tu veux être heureux, être aimé, tout comme moi.

L’interdépendance émotionnelle nous fait nous sentir mieux lorsque nous sommes  bons et aimants (plutôt que indifférents aux autres ou pleins de haine).

mardi 28 novembre 2017

La relation aux autres I : l’interdépendance

Soirée du 27 novembre

Histoire
C'est le matin. Le réveil qui a sonné est fabriqué par des ouvriers de Hong-Kong. J'allume machinalement la lumière et me lève dans un appartement bien chauffé. Combien de personnes ont-elles œuvré pour que vous j'ai de l’électricité ? Une centrale électrique produit en permanence cette énergie et aussi de la pollution. Des lignes haute-tension alimentent mon habitation . L'interrupteur que j'ai basculé est raccordé au tableau électrique fabriqué par les électriciens qui ont construit cette habitation en suivant les règles de l'art pour qu'elle soit confortable et protectrice. Je vais prendre une douche avec de l'eau contrôlée par des techniciens spécialisés afin qu'elle ne me rende pas malade. Mes vêtements viennent du monde entier : la Chine, l’Indonésie, l’Inde, le Bangladesh... Ils sont en laine, en synthétique, créés et cousus par les autres, transportés et vendus dans des magasins par encore d'autres personnes. Et que dire de mon petit déjeuner? Du thé cultivé par des producteurs en Chine ou du café en provenance du Guatemala. Sans compter tous les phénomènes naturels associés à leur simple existence : les rayons du soleil, l’eau, la terre et un juste dosage des nutriments. On pourrait dire que je suis en train de boire les rayons du soleil ! 

Plus nous regardons, plus nous réalisons que nous sommes complètement interdépendants, ce qui aussi signifie complètement dépendants

Notre vie est une histoire de dépendance : Lorsque nous sommes nés, si personne ne s'était occupé de nous, nous serions tout simplement morts. Nous étions dépendants d'une personne qui prenait soin de nous. Quand nous étions petits et pendant l'enfance, nous étions dépendants d'une personne qui nous apprenne à parler. Nous étions dépendants d'une personne qui nous soigne et nous éduque. Et plus nous vieillissons, plus nous sommes à nouveau désarmés et dépendants d’autres personnes. Ainsi toute notre vie, nous dépendons entièrement des autres.

Tout ce que nous faisons est l'union ou le résultat de l'action de centaines de milliers d’êtres. Tous nos actes sont en relation avec les actes d’un autre. Sans cesse, un être, quelque part, est en train de faire quelque chose pour nous.
Nous tirons un bienfait de ces actes, qu'il y ait eu une intention d’aider ou non. Cela ne dépend pas de la motivation de quelqu’un. Nous tirons profit de tous ces êtres et leurs actes sont parties prenantes de notre vie.

Cette interdépendance est le cœur même de la réalité 

« Nous sommes pris dans un enchevêtrement inextricable de réciprocité et liés par une seule et même destinée. Tout ce qui touche l'un directement, affecte tous indirectement. Je ne pourrai jamais être celui que je dois être, tant que vous n'êtes pas celui que vous devez être, et vous ne pourrez jamais être celui que vous devez être tant que je ne suis pas celui que je dois être. … Ceci est la structure interdépendante de la réalité. »

Martin Luther King

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